‹ Léo (volume 2)Chapitre 145 sur 174 · CHAPITRE ZVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZVIII

— Arnold ! il faut vous rendre voire enfant. II le redemande avec autorité et comme la condition première d'un rapprochement peut-être encore possible. Cela est juste ! il faut le lui rendre. Un passif et dernier rempart humain s'élève seul pour le lui disputer.

Elle chercha dans sa mémoire quelque fragment d'oraisons retenues depuis l'enfance : elle ne put rien retrouver. Elle ouvrit les lèvres toutefois , et se prit à articuler des paroles , mais elle fut surprise et effrayée en s'écoutant elle-même , d'entendre ceci sortir de sa bouche :

— C'est renoncer aussi à mes droits , mais qu'il soit le père d'abord. Si nul ne pouvait plus lui contester Tavenir et son autorité naturelle , il m'en rendrait peut-être une part , m'appellerait , si je dois vivre , à partager ce bonheur. C'est de lui que je devrais le recevoir si j'étais réservée à garder en paix cet enfant , lui qui m'a tout donné ! Je ne puis étayer qu'ainsi la prétention d'être épouse, absoute, aimée.. Sa reconnaissance me conso-

/314 CORVERTXSSEQR.

lerait peut-être au dernier de mes jours, et me suivra dans le tombeau. Oui, je le veux ! Cette restitution légitime il faut l'accomplir et mourir. Mon Dieu , inspirez-moi un moyen de réparer le mal dont je suis l'artisan si je n'en eus pas la première et coupable pensée . Inspirez-le moi innocent, s'il existe.

Elle se jeta à genoux sur la pierre, et toucha de son front l'autel. Rien ne pénétra dans ce cœur encore fermé qui ressemblât à une pensée venue du ciel.

— Dieu jaloux! murmura-t-elle en tordant ses bras de désespoir : tu es bien nommé ainsi par tes prêtres. Ils m'ont repoussée de la pénitence et découragée du repentir. Tu sais donc que je l'aime mieux que toi ! Aimer ainsi une créature dépouille donc de la pitié de Dieu? Va ! Cette jalousie est fondée. Sourd et impitoyable maître, il faut donc que j'obtienne de la terre ce que l'appui du ciel me refuse .

Elle pleura encore , puis se relevant avec un maintien d'insensée , elle promena autour d'elle un regard farouche.

Page 1