‹ Léo (volume 2)Chapitre 148 sur 174 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

à être conduit où Ton voudrait. Les amis commencèrent alors mille questions qui se croisaient , s'étouiTaient entre elles , mais l'homme ne put ou ne voulut répondre. On l'emmena . A l'entrée du bourg on le fit reposer un moment près du pont , moins par humanité que pour obtenir enfin quelque ouverture. Les captureurs voulaient quelque chose à apprendre et à redire avant les autres. L'inconnu obsédé articula enfin assez distinctement : •

— Ne me mènerez- vous pas devant le juge? — Sans doute ; et ton affaire sera bientôt

faite, l'ami . Tu ne peux nier que tu as touché le feu, j'espère?

— Je m'expliquerai quand ilen sera temps , répondit le prévenu,

— Et pourquoi pas devant nous? répliqua le bûcheron : devant moi qui t'ai vu le premier par exemple?

— A Versailles ! proposa le meunier de Guipereux , l'un des plus officieux satellites : à Versailles !

— Versailles? inlerfompit l'étranger que la désignation de ce lieu semblait contrarier : ne voyez-vous pas, se reprit-il ensuite et pour expliquer plus naturellement cette répugnance, ne voyez-vous pas que je puis à peine poser à terre le pied gauche? si d'ici là, par des chemins de traverse, il faut marcher...

— Nous sommes de Seine-et-Oise, nous autres, fit observer le chef naturel de l'escouade. C'est à ce tribuRal-là qu'il faudra parler, puisque tu travailles sur Seine-et-Oise .

— Moi, dit le vigneron Gaubert, je prêterai bien ma carriole, s'il le faut.

— Ah ! c'est bien , fit le quatrième, tu ne veux pas que nous cheminions à pâtes nous autres qui devons escorter ce scélérat.

Le vigneron ne démentit point l'intention de bienveillance qu'on lui attribuait envers des voisins et confrères ; mais il regarda de nouveau, avec une compassion déjà éveillée en lui, le sang du prisonnier qui coulait le long de la jambe gauche.

Pendant qu'on attelait la carriole à Gaubert,

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