‹ Léo (volume 2)Chapitre 149 sur 174 · CHAPITRE ZIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZIX

îe village s'ameuta devant le seuil de la grange où l'on avait déposé le criminel, sur une botte de luzerne. On le laissa voir à tous et nul ne put se rappeler d'avoir vu habiter, rôder, ou passer même dans la commune ce personnage accusé.

— Est-il jeune ou vieux? demandèrent les femmes.

— Si défait, dit le percepteur, et brûlé, et noirci , qu'on n'y reconnaît rien .

— Il faut le débarbouiller donc! cria la voix aigre de M™® la mairesse . Il s'est peut-être bien fait un masque exprès avec de la suie.

— Il est bien saignant et déchiré dit Gaubert : il n'y a qu'une main de chirurgien qui puisse approcher de ce visage-là.

— C'est un carliste. Ils veulent se venger de la révolution, dit la commère.

— C'est un bousingot , cria le sacristain : ils veulent abolir nos propriétés .

— C'es^ un marchand forain.

— C'est un voleur de saints-ciboires .

— A Versailles! à Versailles! répétèrent

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en chœur les gamins. Nous irons le voir fait mourir.

Au milieu de tant de soupçons discordans , la population était unanime à ne laisser échapper aucune parole touchant la comtesse. On se faisait des signes , on se montrait réciproquement un doigt posé sur la bouche pour indiquer, à l'instigation de M. le maire , qu'il ne fallait donner au criminel aucune pensée qu*il pût y avoir déjà un de ses complices découvert. On faisait effort , en même temps, pour hâter les préparatifs de départ , afin que celui-ci partît le premier, et que nulle intelligence ne devînt possible ni directement ni indirectement , entre deux prévenus assez différens d'extérieur et de conditions apparentes.

L'étranger sembla vouloir adresser une question; mais elle mourut sur ses lèvres. Le bûcheron s'approcha et se baissa pour la recevoir; l'inconnu détourna la tête. Alors ce prisonnier se recueillit, et observa, avec un sang-froid qui donna de lui aux assistans une atroce idée , les ruines encore chance-

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