‹ Léo (volume 2)Chapitre 163 sur 174 · CHAPITRE XX. ;i6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. ;i6l

— Tu n'y crois pas, toi, Victor, au Moine- Bourru, disait l'un . J'ai bien souvent remarqué sa trace. C'est un petit sentier dans les bois où passent les morts . Les feuilles desséchées marquent la route.

— Mon grand-père , dit un autre , a bien arrêté une fois un loup-garou qui se débattait si fort qu'il ne put le tenir. Alors, il lui coupa une pâte, et le lendemain on trouva une main d'homme dans la carnassière.

— Claude , fit un troisième , a rencontré un soir un voyageur au gué du Clairot . Ils se sont aidés à franchir les roches , et ils ont causé amicalement . L'inconnu en le quittant lui a donné une poignée de main . Claude n'a senti aucun mal; mais au grand jour sa main s'est trouvée toute noire.

— Eh ! l'inconnu était quelque charbonnier, interrompit un invalide .

— La main a toujours conservé cette couleur !

— Que pensez-vous de leurs bêtises , notre parisien?

30? X.B laOMT GEMÈTRE.

— Que l'imagination , répondit Arnold , a fait plus de miracles que la foi.

— Et Margeau ! reprit le premier bavard , Margeau que nous avons tous connu, n'avaitil pas une fois fait une absence de presque une année ?

— Eh bien ?

— Eh bien! on en sait aujourd'hui la cause. Il avait épousé une fille d'Embrun : Marianne, une sorcière , elles le sont presque toutes ! Un soir, veille de dimanche qu'ils étaient au lit chauds et contens, le mari remarqua que sa femme devenait triste à mesure qu'il lui parlait d'aller le lendemain à la procession. Il s'endormit tout de même : mais il se réveilla bientôt et étendit la main : Plus de Marianne. La place était encore tiède pourtant , parce que minuit ne venait que de sonner. Il résolut de ne rien faire paraître afin de la surveiller . Toute la semaine , Marianne fut tranquille. Son mari, à qui la jalousie tenait les yeux ouverts, la voyait dormir rose et fraîche à la lueur de la lampe. Le samedi suivant,

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