‹ Léo (volume 2)Chapitre 21 sur 174 · CHAPITRE! XII. 4T · texte numérisé non relu

CHAPITRE! XII. 4T

une princesse de la maison de Sardaigne lui dit , pendant qu'écuyer respectueux il l'escortait du palais à la chapelle : « Vous n'êtes point. Monsieur le vicomte , n'est-ce pas , parent d'un Chateaubriand qui a écrit quelque chose ? » Voilà la gloire , Monsieur ! Et la question procédait par la négative ; et elle était faite comme une amende honorable à la suppositioL qui avait traversé l'esprit de la noble dame. Voilà la gloire ! N'est-ce pas une humiliation, n'est-ce pas une servilité dont on doit se défendre?

— Erreur, Madame , vous appartenez au monde. Vous ne sauriez plus faire un pas, dire un mot, que la renommée ne vous épie. L'obscurité est comme cette île de l'honneur, où l'on ne saurait rentrer dès qu'on en est dehors. Ce vulgaire, que vous faites à votre gré tressaillir de terreur ou palpiter de joie, il est votre esclave et votre maître. Il attend la vie de votre animation, la pensée de votre pensée, et il vous commande. Il faut obéir au tyran qu'on méprise , subir la loi de l'ilote

et du vandale. Le consommateur oisif d'émotions, veut un roman d'hier sur sa table, par le même sentiment, disait Champfort, qui lui a fait désirer ce matin de voir passer des singes et des ours quand il s'est mis à sa fenêtre. Si une faute ordinaire met une femme à la merci de la société , quelle faute que le talent ! On vous attend pour s'émouvoir, on a besoin de vos souffrances pour jouir ; payez ce tribut au monstre que vous avez appelé vousmême buveur d'encre et de larmes : Je t'accorde le génie et tu n'écrirais. pas! Écris, ditil. Et il s'indignera contre vous ainsi que l'indolent créole devant le nègre : — Travaille , puisque tu es nègre : pourquoi t'épargneraistu des sueurs quand je me repose? Il me semble, moi, que sij'étais nègre... et si j'étais auteur, c'est a écrire que j'emploierais toutes mes nuits. Ah ! si nous tenions, avouaient les éditeurs de Kell, M. Voltaire et M. Kousseau à notre disposition, bien enfermés dans un bon grenier au pain sec et à l'eau, il faudrait bien qu'ils fissent un chef-d'œuvre tous les jours !

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Non, Madame, vous ne pouvez abdiquer.

Votre mission est écrite : la robe du poète est le vêtement qui brûle. Je vous défie de passer dans la ville sans être suivie de Tœil et du doigt; vous appartenez à la curiosité oisive et à l'exigeant ennui des sots. Vous êtes leur proie, leur bomme lige , leur denrée. Vous vous êtes vendue à la gloire , vous avez tenté Dieu et la presse, votre nom est livré à la louange des hommes : plus de paix pour vous, plus de vallons secrets, plus de retraite mystérieuse et chérie. La bête féroce qui vous dompte, crie tous les jours à votre oreille : Marche! comme cette voix impérieuse de l'écriture : - Marche ! marche toujours !

— Et si je n'obéis pas?

— L'oubli.

— Ah ! la douce vengeance ! s'écria la châtelaine. Je l'appelle de tous mes vœux. Périsse, Monsieur, la vaine couronne. Savez-vous ce que fit Dioclétien quand on lui offrit l'empire?

—Je crois me souvenir. Madame, qu'il mena l'ambassadeur dans son jardin et lui fit voir

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de magnifiques palmiers, de grands aloës, des pêchers africains greffés de sa niain impériale.

— Je n'ai, moi, encore que de bien jeunes pépinières ; mais je possède des hémérocales aux calices de satin, j'ai la fougère de l'île de Bourbon qui porte un nom que j'aime : Neraudia Melastomefolia. Venez , je vous ferai voir tous ces trésors.

— Prenez garde! après le bruit des concerts. Madame, le silence pèse ; le spleen peut arriver comme un fruit de la solitude. Quand on s*est acclimaté aux applaudi ssemen s , leur séduction est l'astre qui fait vivre. On a vu, pour être descendues trop tôt de la scène , de grandes actrices mortes vivantes.

— Tant que j'admirerai. Monsieur, ce calme paysage ; qu'il me sera donné d'entendre soudre l'herbe, et dans les airs l'hymne de l'alouette qui monte avec le soleil ; que je serai sensible à la reconnaissance de la métayère à qui j'envoie un chéret, aux évolutions des nuages qui voyagent , au sourire de mes enfans , à la mobilité d'un front passionné où

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