‹ Léo (volume 2)Chapitre 22 sur 174 · CHAPITRE ZII · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZII

j'appelle à ma volonté la tristesse ou le sourire, je ne serai guère en peine de l'emploi de cette vie.

— Paris demande un nouvel ouvrage.

— Nous avons nos chenevières à ensemencer.

— Vous avez promis des articles à la Revue des Deux Mondes.

— Après la tonte des brebis.

— L'éditeur est impatient.

— Il attendra jusqu'à ce que j'aie achevé de broder cette colerette pour Berthe , une toute petite fille de Charles et d'Eugénie , et que la foire de la Berthenoux soit passée. C'est l'époque où mes amis seront ici ensemble et m'aiderontà chasserdans la plaine. Votre intérêt, vos enthousiasmes, Monsieur, en faveur des arts, pourraient m'imposer de plus austères devoirs si les arts étaient au premier rang des intérêts contemporains ; mais vous savez comme moi qu'on les dédaigne. Il n'y a plus qu'un seul amour avoué en France : Tamour de l'or.

Arnold releva la tête.

— Oh! VOUS n'avez pas celui-là, vous, Monsieur : vous cacheriez plutôt., par exception, une autre ardeur, une fièvre d'une plus généreuse espèce : car pendant que nous oublions le temps en causeries frivoles , ditesmoi, vousqui interrogez les autres, n'avez- vous pas un secret qui me serait connu? un secret de cœur? et arrivé ici avant vous-même?

— J'ai tué mon ennemi, dit le peintre en montrant sa poitrine.

— On le croit mort. Monsieur-, et quelquefois en posant dessus une main tremblante on est réduit à dire comme Galilée de ce pauvre globe : È PUR si muove ! Que pensez-vous par exemple, ajouta-t-elle en se rapprochant un peu, que pensez-vous de la puissance que Dieu enferme dans un fragile symbole : Eve?

Ce nom fatal fit tressaillir Arnold. Il se souvint de la connaissance de l'avenir attribuée jadis aux poètes qu'on nommait Vates, et fut tenté d'accorder à son gracieux hôte une surnaturelle divination. Mais la châtelaine, tirant la lettre dont elle s'était munie au sortir

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