CHAPITRE XIII
qui remontent de Nantes avec leurs voiles latines. Le peintre visita Amboise et Chambord en un jour. Dans le premier de ces palais, on attendait un roi ; dans l'autre on replantait le parc et on sablait les allées pour le prochain retour d'un enfant proscrit. Ainsi, à quelques lieues à peine de distance les représentans de deux dynasties étrangères à la France étaient attendus par leurs domestiques. Chambord, que le voyageur put explorer complètement grâce à l'accueil hospitalier du Comte de Galonné, son conservateur légitimiste, lui parut une bizarrerie imposante. Ce faisceau de clochers à jour, cette touffe gigantesque de pointes aiguës, toute une architecture de dentelles, offre un aspect si inattendu, qu'il arracha à Tartiste un cri d'admiration. Il prit cette réalité pour une fantaisie mauresque transportée dans les Gaules, un poëme de marbre, un rêve pétrifié des Mille et une Nuits. Le sol où Chambord se dresse tout à coup lui parut ajouter aussi, par sa monotone désolation, à la ma-
tu) A TOURS.
jesté de ce Louvre dans le désert. Il n'y a de comparable à cet aspect, pensa-t-il, que la subite apparition de Venise, sortant de l'Adriatique. Ces sables blancs où fleurissent quelques genêts de la Sologne ne ressemblent pas mal aux flots moutonneux des lagunes. Mais quand il eut admiré cette incroyable imagination du Primatice, il déplora le choix que la royauté ne manque jamais de faire des climats et des sites où elle veut fonder ses monumens. Quel contraste entre l'esprit des moines et le goût des cours! Tout est stérile et plat devant ces splendides murailles de François I". Un ruisseau engourdi dans ses vases se traîne devant la façade ornée de Salamandres, et le parc n'enferme pas un riche accident de terrain ni un arpent de végétation généreuse dans les sept lieues de son étendue. Le choix des princes ne s'arrête jamais que sur les lieux déshérités : voyez Chambord, voyez Versailles, voyez Choisy ! La nature est là aussi ingrate et aride que l'ame des Majestés.