CHAPITRE XIV
depuis Amboise jusqu'ici. Il y a peut-être du grabuge encore du côté de Paris.
Pendant ce temps, ce qui frappait la disposition romantique de l'observateur, c'était d'immenses jardins délabrés, plantés de treilles et de poiriers séculaires taillés en éventails, et des terrasses mal soutenues par des pierres disjointes : elles descendaient à demi éboulées jusqu'au fleuve.
Quand les voyageurs pénétrèrent dans l'énorme salle basse qui brillait d'un grand feu de souches , et où déjà était disposé leur appétissant souper , Arnold , au premier bonsoir qu'il augura à ses hôtes nouveaux , entendit répondre :
— M. Ferrier! C'est bien le même que je connais. Sa voix n'a point changée. Je n'espérais pas si bien de ce nom qui pouvait appartenir à un autre dessineur.
— Avenel ? s'écria à son tour Arnold. Et comment, mon pauvre invalide, te trouvestu la si loin de Longpont?
— Asseyez-vous d'abord , et qu'on vous
serve. Vous ne savez donc pas, poursuivit ensuite le sergent, que c'est ici mon pays natal ? que j'y suis venu avec ma nièce qui m'était allée chercher là-bas quand vous y étiez encore, la brave enfant? que j'habitais depuis six mois le village d'à côté oii nous avons une bicoque , une vigne , un pâturage , quand cette grande terre a été adjugée à un millionnaire de Paris? L'intendant qui est venu ici passer quinze jours voulait un homme de confiance à qui laisser les clefs et l'emploi de recevoir les fermages. Je ne sais pas comment il m'a découvert et choisi, et nous a décidés à venir loger dans ces grands communs. On lui a dit que j'étais honnête homme , et il a cru apparemment qu'on pouvait marcher droit dans certains sentiers sans les yeux de la tête. Dans les comptes d'un aveugle ne suffit-il pas que le maître voie clair? Me voilà donc au dessus de la misère : et vous, M. Ferrier?
— Moi j'ai vécu tantôt, dit le peintre, de l'effigie des bourgeois , tantôt du prix de quel-