CHAPITRE XIV
davres et des meurtriers. Un père est traîné sur les degrés rougis. Sa fille accourt el le protège de son corps. — « Grâce ! exprimait dans son geste un des exécuteurs. — Non ! répondent les autres : ces prisonniers ont conspiré pour amener l'étranger en France.» La fille ouvre une main pleine d'or et de pierreries , un des forcenés la repousse et lui présente pour unique rançon un verre et du sang. Elle va boire, elle va rendre à ce prix la vie à celui de qui elle la tient ; et la pâleur qui la montre déjà si tragique devant l'effroi d'introduire le sang d'un cadavre dans ses veines couvrira le front filial jusqu'à la mort. Enfin, dans la dernière image nous voilà sur le quai populeux qui touche la Grève. Une charrette marche sur le premier plan. Assise, droite et calme sur le banc que recouvre un peu de paille, une jeune fille avec son bonnet à rubans bleus, ^a propreté virginale et son étonnement de province, regarde couler la Seine. Ses beaux cheveux ne sont pas coupés encore. Sans effronterie, comme sans
crainte, elle écoute les clameurs qui la suivent. Elle entend 'honorer Marat, on la maudit, on hurle autour d'elle les mots lâcheté, piège, meurtre ; et elle s'étonne. Mon Dieu ! dit-elle, ils me prennent pour un assassin !
Un matin Léo apparut dans la galerie où rêvait son père, 11 avait, lui, l'air tout endimanché quoique son costume parût être le même que la veille. — Vois, Arnold, dit-il, je n'ai plus ce superbe trou que j'avais fait à ma veste en grimpant sur le pommier, tu sais. Vois-tu, il n'y est plus,
— C'est Hélène qui vous aura arrangé cela , dit le peintre sans quitter la palette.
Il rappela un instant après son fils pour examiner une coupure que l'enfant s'était f*iite en voulant tailler un crayon. Le doigt qui la veille était entortillé avec un peu de linge, maintenant lavé. avec soin portait une mouche de taffetas d'Angleterre adroitement appliquée sur la blessure.
— Qui t'a mis c^la, Léo?