‹ Léo (volume 2)Chapitre 50 sur 174 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

compositions historiques, afin que vous vous souveniez de moi quand je n'y serai plus.

— Tout le monde s'en souviendrait , ditelle, et moi de même sans cet honneur-là, Monsieur. Mais comment, ajouta-t-elle en rougissant un peu , placer des paysannes comme nous auprès de ces grandes dames ?

— D'abord vous avez plus l'air d'une enfant de bonne maison que de la nièce d'Avenel , et d'une princesse que d'une bergère. Mais j'ai mon plan. Je vous surprends quelquefois des goûts qui trahissent vos dispositions naturelles aux douceurs du luxe. L'autre jour n'ai-je pas vu un coffret en bois de palissandre tout plein de gants de Suède , oublié dans le vieux parloir?

— Ce n'est pas à moi ! dit la jeune fille. ^ Et à qui donc serait-il ?

— A moi! oui, oui, à moi, se reprit-elle embarrassée : mais je n'en fais aucun usage. C'était... c'est... un cadeau... fait autrefois à ma mère.

— J'ai donc mon plan, poursuivit le peintre ;

116 L'ABBAYU.

mais il me manque un sujet pour le pendant du cadre où je voudrais vous faire entrer. Il me faudrait un fond tout villageois. Racontez-moi quelque histoire de vos vallées , une chronique qui appartienne à cette province. Ne sommes-nous pas à la veillée ?

— Je ne sais point d'histoire, moi, soupira Hélène : j'avais une amie qui en avait la mémoire remplie ; mais je l'ai perdue il y a deux ans.

— Eh bien! racontez-moi l'histoire de votre amie.

X — Elle est si triste !

— Et moi aussi , dit Arnold.

— Monsieur, c'était la veille de la Noël : vous savez, le jour où l'on va à la messe de minuit? Elle avait fait un vœu, ma pauvre Éliette ; elle se nommait Éliette, car son parrain c'était Élie le taillandier. Elle avait fait vœu d'aller au saint office , et l'église est à plus d'une lieue d'ici au village du Terrier. Il n'y avait point ce soir là d'étoiles au cieux. Sa mère était au lit, malade; elle ne voulait

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