CHAPITRE! XIV
point que sa fille sortit ; mais la fille s'était mis en tête que d'aller prier ferait du bien à sa mère et je crois qu'elle avait raison = J'étais là et je voulus l'accompagner. Elle me fit rester pour soigner l'infirme. — Attends donc que la lune se lève , lui avait dit la pauvre femme. — Il serait trop tard, ma mère. — Que fais-tu ? — Je mets mes sabots. — Mais on glisse davantage. — H y a tant de neige ! — Reste, encore une fois je t'en supplie. — Non, non ; Hélène vous donnera à boire et moi je prierai l'enfant Jésus ; c'est aujourd'hui la naissance de Dieu.
Elle embrassa la malade et elle partit. Je raccompagnai néanmoins jusqu'au bas des prairies où coule cette petite rivière que vous savez : vous en avez pris les points de vue cet été. Nous avions bien peur : alors c'était l'hiver ; quoique nous fussions deux , c'était minuit ! peur des loups et aussi des morts. Il y avait des coups de vent, voyez-vous, qu'on aurait dit des menaces ou des plaintes. — Quand je serai à la croix du Chêne-Barre , jo
IIS X.'ABBÂTB.
suis sauvée , fit Éliette ; je n'aurai plus que le petit pont à passer et ensuite la montagne : il fera peut-être un peu moins sombre qu'ici. J'entendais déjà la rivière qui était grosse et qui criait entre les roches. — Ne va pas plus loin, Hélène, me dit la pauvre enfant; vat'en, la mère a besoin de son eau d'orge. — Laisse-moi donc te suivre jusqu'à la montagne. — Eh nenni ! je trouverai bien sans toi la passerelle , je connais la planchette, je me tiendrai bien à la perche qui sert de parapet. Elle sourit alors et elle se mit à courir dans la neige. Je revins seule ; je n'avais plus peur parce que je regagnais les maisons. Je me disais : Nous avons été folles , il n'y a pas de danger ; voilà à présent la lune qui se lève et le vent qui se calme. Tout est beau et clair à présent. On eût dit des draps de mariés étendus sur nos prairies. Ce fantôme que nous avions vu près de la pêcherie et qui semblait nous vouloir jeter son grand manteau sur les épaules , c'était le buisson courbé par la bise où nous avions trouvé des nids au mois