CHAPITRE XIV. 14 t
— Reste ici, dit Arnold en étendant un bras protecteur sur l'enfant : tu ne pleureras point?
— Non , mon père.
— Je vais l'enfermer; auras-tu peur?
— Non , mon père.
— Et si on venait à frapper , tu ne diras mot? tu ne répondras qu'à ma voix?
— Oui , mon père.
Arnold s'élança vers la galerie., fermée ! Toutes les portes et les fenêtres soigneusement closes. Il rôda à l'entour et découvrit enfin un volet moins exactement poussé que les autres. A travers les vitraux , il distingua la place oii la veille au soir il avait cru laisser un chef-d'œuvre , une page enfin digne de lui et du talent qu'il voulait acquérir. Les teintes fraîches étaient épanchées sur tout l'ensemble dans une confusion qui attestait la rage du destructeur. Le visage d'Hélène était spécialement frappé , et il semblait avoir épuisé la force d'un bras poussé par l'envie d'un rival ou la jalousie d'une femme. Arnold tenait encore à la main les lambeaux de batiste ramas-
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ses par son fils, et qui avaient évidemment servi à commettre le sacrilège. Il les examina avec une curiosité indignée et dans un des angles du mouchoir il lut , non pas un chiffre mystérieux, mais comme c'était alors une mode passagère, un nom tout entier brodé en laine rouge : Eve.
A Paris.
Je croiï valoir très peu quand je me considère, beaucoup quand je me compare.
JaAH Paul.
Arnold remonta précipitamment à sa chambre, inquiet sur le sort de Léo. Le peintre n'avait pas même pris le temps de s'assurer que ses quatre toiles capitales avaient été épargnées : le père avait hâte de conserver un plus précieux trésor. Léo l'attendait immobile. Sur un guéridon avancé au milieu de
la pièce et dont en sortant tout à l'heure Arnold n'avait pas même vu le dérangement très affecté, il trouva des objets déposés là évidemment pendant son sommeil à l'aide de fausses clefs. C'était une lettre de remerciemens signée de l'intendant qui lui avait écrit cinq mois auparavant , de l'argent avec profusion et un passe-port.
Le passe-port était pour l'Angleterre. La comtesse d'Hacmon se l'était procuré depuis quelque temps et le tenait en réserve à la disposition de son protégé, dans le cas où les ressources de sa propre adresse deviendraient impuissantes à le soustraire aux poursuites que faisait continuer sous main le pair de France. Elle le lui avait ménagé comme une sauvegarde : maintenant elle le lui jetait comme un ordre de fuite et d'exil.
Arnold ne se méprit pas à cette intention, qui d'ailleurs était la sienne. Il dédaigna de se plaindre ; il résista à la tentation d'écrire et de laisser la de terribles adieux. Chassé ! se disait-il avec amertume. Il ne traça que l'in-