‹ Léo (volume 2)Chapitre 63 sur 174 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

— Ma chère Évélina, lui dit-elle quand elle se fut établie dans la confiance de la jeune fille surprise par un certain air de ne soupçonner rien et par un sourire de familiarité protectrice : j'ai voulu, au lieu de vous faire descendre chez moi , vous parler chez vous , vous donner une preuve de ma discrétion en votre faveur, de mon estime .

— Je ne comprends pas , Madame , dit Évélina troublée.

— Vous êtes une très bonne fille que nous aimons. La comtesse vous dotera quand vous voudrez et ce dont je viens vous avertir est un témoignage de notre confiance absolue. Vous avez , ajoutart-elle en élevant la voix de manière à ce que pas une des paroles ne fût perdue pour l'homme du cabinet, vous avez une inclination.

— Madame !

— • Je n'y vois point de mal. Je ne veux vous en fîiire ni un crime ni même un reproche sérieux. Si vous avez distingué un bon sujet dont les dehors même m'ont paru con-

veDables , vous ne le recevez que par de très purs motifs et vous voulez vous établir convenablement : rien de mieux ! Il y a bien quelque inconvénient à ce que ce garçon vous rende visite ici. On s'en aperçoit dans l'hôtel et vous devriez vous abstenir dans votre propre intérêt. Mais, ma chère, vous n'avez pas calculé tout ce qu'il y a d'imprudence et d'autres dangers peut-être h introduire un étranger ici. C'est la maison d'un dignitaire immensément riche ; et vous ne permettez jamais, j'en suis sûre, à ce jeune homme de rester tard près de vous ; à plus forte raison d'y passer la nuit... Mais si un soir, Évélina, il se cachait : soit pour abuser de votre frayeur, de votre faiblesse pour lui , soit pour de plus sérieuses et de plus coupables intentions ?

— Que voulez-vous dire? Madame.

— Ni moi ni personne ne suspecterons jamais cet étranger. Il a la plus heureuse figure du monde et l'air de la probité ellemême . Mais enfin vous le connaissez peu : il est allemand ; il peut partir d'un momenl à

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