CHAPITRE XV
l'autre , car il est sous la protection de son ambassadeur ; et regagner son pays avec une facilité qui saurait tromper même la surveillance de nos autorités.
— Je répète, Madame, que ceci est une énigme...
— Il ne faut tenter personne, voyez-vous. Ce que je vais ajouter, mon enfant, ne peut vous fâcher en rien ni être applicable au brave garçon dont il s'agit, mais enfin la prudence est mère de toutes les sûretés. Je commence à vieillir, je suis défiante, et il m'est permis de veiller nuit et jour sur les intérêts de ma famille. Je ne suis pas sans inquiétude sur une manie qu'a le Comte de garder toujours dans son hôtel , dans sa propre chambre à coucher, des valeurs considérables, des billets de banque, de l'or et des diamans. Ceci peut se savoir. Voyez ! Deux fois on a tenté une mauvaise action chez M"^ Mars , par le seul appât de ses maudits bijoux , et le Comte possède ici des biens d'un prix plus élevé ; on peut donc le savoir
comme je disais ; et tel homme qui ne pensait pas d'abord à mal faire en profiterait si la facilité de s'introduire...
— Quel indigne soupçon. Madame!
— Je suis charmée que ce soupçon vous blesse. Votre susceptibilité vous honore et vous défend. C'est bien! Mais enfin, ma petite , ne voyez - vous , dans tout cet abandon de ma part , dans cette preuve que je vous donne de notre foi en votre honnêteté , ne voyez-vous aucune raison pour mettre de la prudence dans votre conduite et dans vos rapports avec votre amoureux?
— Je ne le recevrai plus passé minuit. Madame !
— Vous ferez bien. C'est tout ce que je voulais. Je savais bien à qui je m'adressais puisque j'ai préféré une prière à un ordre. Personne ne sera instruit dans la maison de ce que nous venons de dire, n'est-ce pas? Vous n'en parlerez à qui que ce puisse être ?
— Dieu m'en garde .
— C'est que , ma bonne , il y a partout des