‹ Léo (volume 2)Chapitre 65 sur 174 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

dangers de plusieurs espèces , et un malfaiteur lui-même est emporté quelquefois à plus mal agir encore qu'il n'en avait l'intention première.

— Comment?

— Nous serions très fâchés assurément, vous et moi, qu'on volât le Comte, bien que ses terres , ses grandes possessions pussent le consoler bientôt d'une telle perte ; mais , mon enfant, un pauvre diable qui voudrait s'enrichir à son tour ne serait peut-être pas le maître d'y réussir innocemment. Le Comte ne dort que d'un œil. Il est soupçonneux et avare : il voudrait sans doute se défendre lui et ses richesses : et alors l'audacieux pour assurer lui-même son proût et peut-être ses jours, serait forcé...

— Oh ! Madame , plus un mot , je vous en supplie.

— Je ne dis cela qu'à toi , mon enfant. Ne vois-tu pas à présent que je me plais un peu à jouer avec la frayeur que je te cause? à te faire des contes de voleur ? Adieu , Évélina :

rien n'arrivera de ce que je prédis par une inquiétude sans doute imaginaire ; mais je ne puis pas me repentir de l'avoir traitée comme une personne sur l'honneur de qui je me repose.

L'étranger n'avait pas cessé d'ouvrir une avide oreille aux plus petits détails de cette confidence.

Ceci se passait peu de jours après le retour d'Eve. Les époux ne s'étaient rencontrés que pour échanger quelques paroles , comme des étrangers que le même toit rapproche ; car les personnes irrévocablement séparées n'ont point à faire acte superflu de leur antipathie profonde et à marquer un éloigneraent qui ne peut jamais cesser d'être. On vit d'autant mieux en paix apparente avec certaines gens que rien ne peut plus modifier l'irréparable divorce et en troubler jamais la sécurité. Le comte affectait en toutes choses l'impassible indifférence que quelques hommes de son temps avaient prise à l'école de Talleyrand ,

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