CHAPITRE XV. iO'à
mens favorables sur un autre objet qui vous intéresse plus particulièrement.
— Mon fils? s'écria le pair de France.
— Ou votre petit-fils , car c'est un enfant dont il s'agit.
Le Comte , au bout d'une semaine , le révérencieux comte d'Hacmon , personnage toujours un peu officiel, fit demander pacifiquement un entretien particulier à madame la comtesse. Eve, exaspérée par l'absence, le manque de nouvelles et aussi l'indignation des lâches idées qu'elle avait vu accueillir autour d'elle, était prête à lui proposer la même entrevue. Elle accepta avec ardeur cette occasion d'éclaircissement et de franchise, car l'entrevue pouvait les pousser l'un et l'autre hors du cercle devenu inhabitable oii ils étaient tombés en même temps.
— Madame, dit le rusé vieillard en dissimulant sa rancune et frottant ses mains sèches l'une contre l'autre jusqu'à donner l'idée qu'il en pouvait jaillir du feu , je viens vous
annoncer une nouvelle qui m'a comblé de joie et va vous rendre aussi bien heureuse. On est sur les traces de notre fils.
— Que voulez-vous dire ?
— Daniel nous sera bientôt rendu, Madame. On a trouvé dans un village un enfant identiquement pareil à celui qui nous a été si indignement ravi.
— Quel village?
— Il importe peu à l'affaire. Cet enfant paraît le nôtre.
— Erreur, Monsieur ! On aura commis quelque méprise , on spécule sur votre crédulité . On veut vous faire recueillir la progéniture d'un bohémien : on espère apparemment que vous reconnaîtrez pour votre héritier quelque apprenti danseur de corde.
— Madame ! me laissé-je si ordinairement duper ? Une fois n'est pas règle.
— Je vous dis d'avance que ce qu'on vous annonce est faux , Monsieur. J'en ai le pressentiment , l'instinct , la certitude. On vous fait croire une fable pour vous extorquer de
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beaux deniers comptans. On pourrait réussir près de vous peut-être ; mais moi , m'abuserat-on?Abuse-t-on les yeux d'une mère?
Le comte, moitié stupéfait et moitié irrité, sut pourtant se contenir. Il tira sournoisement de sa poche une lettre administrative et la glissa sous les yeux de la comtesse pour unique et victorieuse réponse.
« Nous étions parvenus, Monsieur le directeur, à retrouver la piste de l'individu, et nous le suivions ainsi que l'enfant qu'il emmène. Nous avions cerné déjà sa résidence : il ne pouvait plus nous échapper quand nous nous sommes présentés pour le saisir. Mais on nous a éconduits au domicile même où ce ravisseur s'était réfugié. Il paraît que la maison de campagne qu'il habite près de Blois appartient au père même de Tenfant qu'on réclame. On lui donnait là un asile. Si ces contradictions cachent un changement de dispositions en faveur du jeune homme ou sont une plaisanterie déplacée contre l'administration dont on invoque le concours, je
crois devoir m'en plaindre et vous en informer , si les choses ne sont déjà à votre connaissance . Dans tous les cas, vu qu'il nous est défendu de faire esclandre et recommandé d'agir avec prudence , nous attendrons des instructions nouvelles . Mais vous pouvez être sûr, monsieur le directeur...
Eve laissa tomber la lettre.
— « ... que nous ne perdons point de vue le fugitif, » acheva le comte en ramassant le papier, « et...
— Nous verrons! marmura Eve à demi voix.
— «c .. et que nous saurons bien nous saisir au moins de Tenfant. »
— Si je le veux !
Ces deux interjections d'Eve lui avaient été arrachées malgré elle et presque à son insu.
— Ah ça ! dit le comte , vous avez de singulières contradictions d'esprit , Madame.
Pourquoi vous refuser à tout espérer et vous armer contre vos propres serviteurs? Une première fois vous êtes venue me crier : Votre