‹ Léo (volume 2)Chapitre 71 sur 174 · CHAPITRE ZV · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZV

émeute les détenteurs de la couronne. On a déjà renversé huit siècles de monarchie en trois jours. Prenez garde ! Écoutez la canaille qui demande du pain pour du travail : voilà le péril ! Faites de l'ordre à coups de canon, allez jeter l'intimidation à l'avenir et élever contre lui des forts détachés. La misère est un complot , les plaintes sont des cris séditieux. Demain sera-t-il encore temps? Saurez-vous que répondre quand on vous demandera où est ce trône que vous aviez consolidé? Mais allez, Monsieur, voilà le métier d'un pair de France: et pour les intérêts privés, pour les intérêts de l'ame , confiez- vous donc au seul instinct des mères !

— Quel aveuglement vous fait battre la campagne? Mais , Madame, il ne s'agit pas de ces déclamations de parti. Je vous dis simplement que je vais retrouver mon fils , et le ravisseur me le rendra lui-même.

— Qui? Monsieur.

— Un homme abusant de l'hospitalité qui lui était faite sous mon toit , que mon inten-

dant faisait travailler aux embellissemens de l'abbaye , un M. Ferrer ou Ferrier.

— Ah! gardez-vous, dit Eve, de faire tomber un seul cheveu de sa tête !

— Mais encore une fois vous êtes hors de sens; il y a démence assurément. Quel intérêt vous vient à présent en faveur du misérable qui s'est fait chasser à ce qu'il paraît de cette maison pour quelque négligence dans son travail?

— On avait peut-être d'autres motifs, Monsieur ! Et vous les approuveriez vous-même qui avez pris un si subit et si étrange intérêt à la nièce d'Avenel.. Mais défendez qu'on ne le poursuive, je vous en avertis !

— C'est lui qui a dérobé , vous dis-je , et qui emmène mon fils.

— Le vôtre ?

— ■ Eh oui ! Un vagabond que le hasard nous a fait accueillir. Ce Ferrier , il n'est autre chose que le ravisseur. Le préfet m'a dit que quand il est parti du village où l'on avait suivi ses pas et exploré sa conduite, il était en-

Page 1