CHAPITRE XV
qu'après cent quatre-vingts jours de conjugalité : cent quatre-vingts jours passés sont la garantie de rigueur. Et puis , à quelque époque que répondît cet événement, il aurait fallu pour l'invalider avoir désavoué l'enfant : or je ne l'ai point désavoué , je ne le désavouerai jamais.
— Mais dit Eve , emportée par la colère et la pudeur à la fois , qu'est-ce qui peut démontrer aussi qu'il soit de vous?
— L'article 313, Madame : « La filiation « des enfans légitimes se prouve parles actes « de naissance , écrits sur les registres de « l'état civil. »
— Et l'état civil ?
— Est la loi des prophètes. Consultez, s'il vous plaît, les registres de la commune de Longpont.
— Je nommerai le véritable père.
— Encore une fois c'est sortir de la question ; et à ce scandale inutile, l'article 335 répond : a La recherche de la paternité est interdite. »
— C'est révoltant , Monsieur. A tout ce que j'avance de droits naturels et de lois divines , vous répondez par des entraves humaines et des arguties. On affronte le bon sens, l'évidence, on nie la paternité?
— Paternité ! sourit le comte en haussant à demi les épaules : conjectures ! illusions ! Madame ; jolie hypothèse ! comme disait mon ami Monge en parlant de l'existence de Dieu . Mais la paternité, c'est Taccessoire du droit. Je n'ai point à examiner si le marmot est de mon fait comme le définissent les usages que vous appelez naturels. Quand la négative serait supposable, même moralement prouvée , et qu'un tiers aurait pris la peine de ces détails, cela établirait-il les droits de ce tiers? L'enfant sera-t-il de Paul par ce qu'il n'est pas de Joseph ? Quels témoignages peuvent être ici irrécusables? Si tel héritier n'était pas correctement l'œuvre de qui de droit, la société me garantit le mien. Nous n'en sommes plus. Madame, au régime primitif; notre législation est progressive. Nous vivons sous