CHAPITRE XII
l'enfant, soit pour apprécier peut-être les caractères et le progrès de la civilisation dans cette France écartée. Mais il fut rarement satisfait des épreuves. Ses questions sur le chemin étaient spécialement mal reyues. Là, le colon qui n'a jamais quitté l'ombre de son clocher gris , le laboureur de la moindre locature n'imagine pas qu'on puisse ignorer l'inextricable dédale de ses sentiers tordus entre tant de buissons inutiles. Il soupçonne une moquerie sous chaque information ; et si enfin il ne dédaigne pas de vous répondre :
— Vous irez jusqu'à tel endroit, Monsieur; et vous trouverez ensuite une chétive église à gauche.
— Bien.
— Puis un peu plus loin un grand noyer : vous savez?
— Oui, j'y ai passé, je crois m'en souvenir, une fois...
— Eh bien ! ce n'est pas là. Après l'église, il faut dévaler à la rivière. II y a un taillis de coudriers : vous savez ?
— Non.
— Eh bien ! c'est là.
— Mais comment nous reconnaître ?
— Toujours tout droit, répondait l'autre en s'éloignant.
— Et du lait? mon ami, demandait plus loin Arnold à un fermier assis sous le portail de sa grange au soleil.
— J'en ai bien toujours d'ordinaire, disait le berrichon, mais voilà six semaines que ma sacrée femme est malade, et c'te pauvre vache n'est pas soignée !
— Pouvez-vous nous faire rafraîchir autrement?
Et le paysan revenait tout fier du cellier avec un pichet écumeux , débordant de boisson rosâtre.
— Que manque-t-il à ça, Monsieur ?
— Un peu d'estragon , conseillait Arnold.
— Moi, j'aime mieux l'eau du Cofiniot, disait le petit avec une charmante grimace.
Pour apprécier ce choix, il faut savoir qu'une bûche de deux pieds de long, creusée