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CHAPITRE VI

ployer les arbres et briser les rameaux sur nos têtes. Rentrons.

— J'ai à regagner mon village.

— J'ai un autre secset à vous dire.

Arnold hésita : puis subjugué trop vite , il

céda et se laissa conduire.

Guidé par de secrets détours jusqu'au fond de l'appartement de la comtesse, il se sentit pénétré là de je ne sais quel bien-être , de je ne sais quel parfum qui n'appartient qu'à la chambre animée par la femme qu'on aime. Loin du bruit des feuillages battus , la voix d'Eve lui parut plus douce ; et au lieu de l'âpreté des vents, cet air tiède et pur apaisa ses nerfs malades , amollit voluptueusement tout son être.

— Nous ne serons plus séparés, dit-elle. Puisque la volonté d'en-haut détruit tous les obstacles élevés par nous-mêmes ou les autres , obéissons. J'ai fui Paris où je ne vous retrouvais pas : je me suis ensevelie ici pour me conserver à vous. Je suis morte au monde et à l'époux qui n'a jamais rencontré en moi

que l'argile. Je ne veux revenir sur la terre, ombre fidèle, que pour vous chercher et vous voir. L'amour seul excuse l'amour ? eh bien ! je justifierai mon égarement par ma constance : je me ferai pardonner ma faute à force de dévouement infini. Je n'appartiens plus ni à l'ambition ni au faste, mais à vous. Le comte chérit les arts, son caractère est protecteur...

— N'achevez pas !

— Mille travaux brillans vous retiendront ici. A qui mieux dédier ce luxe , et un bienêtre si chèrement acquis...

— Ne révoltez plus ma pensée.

— Il est dans cette maison un noble rôle, un devoir sacré que vous seul pouvez rem plir... je vous le dirai.

— Non, résista Arnold, il faut tout oublier.

— Taisez-vous , et restez. — Tu m'aimes! tu faisais mon portrait de souvenir...

— C'est parce que je traîne avec moi cette fatalité, avoua Arnold, que je m'éloigne. La première fois , nos rapports n'étaient que coupables, ici ils seraient odieux. Je serais,

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