CHAPITRE VII
à coup senti s'élever une domination que nul être n'avait exercée jusqu'à ce jour sur elle. Elle n'avait compris encore de bonheur que celui qu'elle dispenserait, accepté de destinée que sous l'influence de son propre vouloir. Or, elle commença à soupçonner que la paix pourrait bien être une condition où deux consentemens se combinent, alors qu'on n'a pas plus à commander qu'à dépendre, à imposer qu'à servir. Elle attendit donc le maitre de son avenir avec un empressement mêlé de défiance ; elle était orgueilleuse encore mais domptée : elle se sentait soumise et rebelle.
Devant le jeune homme, elle devint tout-àfait intimidée aii seul aspect de son calme. Elle lui sourit insidieusement; mais lui, plein du projet arrêté dans sa volonté, prit les deux mains froides et blanches, et regarda la mère avec gravité.
— Ah ! si vous allez encore être triste, commença la jeune femme , récriminer sur le passé, me faire des reproches, de la morale et
une scène, vous aurez tort! Que répareront vos plaintes? Jouissons des faveurs de mon sort , et des affections conservées dans nos âmes.
— Je viens vous demander mon enfant, dit Arnold : rendez-le; et à cette condition la paix de votre maison, Madame, ne sera pas plus troublée que ne l'a été jusqu'ici votre conscience.
— • Vous l'aimez donc ! dit-elle avant d'avoir pensé à s'offenser d'un tel discours. Mais vous êtes fou, ami. Il est à moi : séparer un fils de sa mère ne se doit ni ne se peut. Il est bien ici : quel sort lui feriez-vous? Vous le verrez tous les jours , vous m'aiderez à le chérir, à l'élever. Vous deviendrez son précepteur.
Et ces derniers mots, elle les dit en appuyant son front sur le cœur d'iVrnold , comme pour lui offrir plus que l'enfant luimême, et hors lui, toutes les rançons qui seraient demandées pour garder son trésor. Et toutefois la terreur secrète grandissait dans son ame, car au premier accent d'une récla-