CHAPITRE VU
Ils veulent m'ubliger à aller finir en paix sous le pauvre toit que j'avais cédé à ma sœur. Est-ce là du dévouement, Monsieur? et de la charité , bonne Vierge !
L'auditeur était déjà bien loin.
— Elle qui devrait être riche ! Et où estelle? Chez Mulotin? à l'image de Saint-Jacques? Je n'ai besoin de personne , allez , pour trouver la porte.
Pendant que Fontaine avait fait ce voyage, dévoué à toute épreuve comme nous le savons, à Arnold, Eve toujours inquiète et troublée depuis certaines menaces , était surtout affligée de ne plus revoir le révolté , et elle s'oubliait ce jour-là à lui écrire longuement, sans voir que l'heure de son facteur ordinaire était déjà passée. L'enfant qui jouait avec sa bonne avait demandé un petit sou blanc et se dirigeait tout seul vers la partie écartée de l'enclos oîi il devait le porter. La bonne , M"^ Évélina , arrêtée un moment par les galans propos que lui tenait Jobin , entre deux arrosoirs , avait laissé marcher devant
son jeune maître. Le très jeune maître alla à peu près droit au quinconce, et devant la statue qui l'attendait .
La statue ouvrit les bras et éleva Tenfant sur son cœur.
— Oh ! mais toi , tu n'auras pas la pièce : tu n'es pas le pauvre, tu y vois clair, toi! Pourquoi donc tu ne viens plus nous voir? Maman...
— Allons à elle !
Et en disant ces mots , Arnold serra le fardeau chéri , puis marcha rapidement dans la direction du Ménil.
— Mais c'est pas par là !
— Tu ne veux donc pas voir le chevreuil derrière sa barrière? et les chevaux dans le pré ?
— Oh! si!
— Nous irons manger du lait chez Théodore.
— Et maman ?
— Maman viendra , comme l'autre jour.
— Elle pleure toute seule , maman.
— Depuis quand?...
— Depuis qu'il y a tout plein de monde ici.