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CHAPITRE VIII

— Mais encore ? interrogea le comte : a-t-on vu les ravisseurs, Madame? comprend-on leurs motifs? quelle route ont-ils prise? Vous avez sans doute leur signalement? Il faut déposer une plainte devant M. Zangiacomi ! Ce seront quelques envieux de ma puissance et de mon bonheur; mais les tribunaux me restent. Un rapt! une séquestration! une suppression d'état! C'est bien grave! L'article 356 du Code pénal, livre lïl, chapitre l^"^, est explicite à cet égard : les travaux forcés au ravisseur !

Eve frissonna des pieds à la tête.

— C'est vous, dit-elle. Monsieur, c'est votre indifférence qui a tout perdu. Votre article 356 est atroce ! Il ne remédierait à rien. Je ne confierai qu'à moi-même le seul intérêt que j'aie au monde.

Elle pensa sur-le-champ à invoquer l'appui de sa mère : et malgré la profonde répulsion que lui inspirait une telle ressource, entremise vraiment désespérée, elle sortit pour envoyer à Paris un courrier qui devait franchir la distance en quatre-vingts minutes.

Et en effet, dès le lendemain , Madame Dalviane était au village de Longpont. Sans aucun retard intermédiaire, elle se présenta au modeste logement d'Arnold.

— Voyons, Monsieur, dit-elle en supprimant tous les préambules stériles : que prétendez-vous faire d'un premier né appartenant à une maison opulente, au risque de compromettre son sort , sa subsistance quelquefois, et la tête de son ravisseur?

Elle avait jugé ces brusques paroles et cette absence de toute hésitation propres à épouvanter le jeune homme.

— Vous m'expliquerez peut-être, dit celuici avec froideur, quel est le but de cette matinale visite, Madame; et ce que je pourrais pour votre service.

— Eve m'a tout confié : elle n'hésite pas un instant. Monsieur, dans ses soupçons. Vous seul avez pu concevoir la pensée bien coupable de lui disputer son enfant. Entendons-nous pour le lui rendre , ou vous aile?: être arrêté.

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