‹ LéoChapitre 119 sur 157 · CHAPITRE VIII. 26d · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. 26d

arracher à la corruption , ce germe sain , cette créature encore immaculée.

— Je croyais que vous aimiez celle qui pleure !

Arnold pâlit. Cette pâleur et une larme qui vint mouiller le bord de sa paupière n'échappèrent point à la baronne.

— Je l'ai aimée , dit-il. Je l'ai aimée quand je l'ai crue digne d'affection, quand je ne savais pas qu'on eût étouffé son ame : mais , aujourd'hui...

— Vous l'aimez encore.

— J'espère que non ! Mes sentimens ont changé d'objet. Ma tendresse a divergé , elle atteint un être innocent. Cet amour-là est sans tache. Le premier fut une ardeur des sens , le second sera une affection sérieuse. Si ces deux tendresses procèdent l'une de l'autre , la seconde du moins aura épuré la première.

— Vous l'aimez encore , cette belle et imprudente Eva, répéta la baronne. Eh ! pourquoi vous punir vous-même de ce que vous appelez ses torts? Pourquoi tenter de faire son

malheur quand vous pouvez être heureux l'un et l'autre? Il me serait doux de voir , de protéger s'il le fallait cette félicité ! Vous commencez à comprendre , Monsieur , ce qu'on peut s'imposer pour l'amour de son enfant au berceau : jugez quand tout ce qu'on aime est devenu complet et sensible. Eve n'a jamais connu , aimé , rêvé qu'Arnold !

— Elle a un époux.

— Qui sera votre ami.

Le peintre recula de dégoût.

-^ Pas d'exagération et de faux point d'honneur, Monsieur. Prenons le monde tel qu'on nous l'a transmis. Encourager les arts fait partie des devoirs de tout personnage émiaent si la fortune le favorise. Que vous faut-il pour suivre votre carrière , votre brillante destinée d'homme de génie.'' la sécurité de l'avenir et la liberté. Vous donner ce bienêtre est la mission des esprits qui comprennent le talent. Pourquoi rougir? Le Mécène est plus heureux que le protégé. Donner est plus doux que recevoir. Ce talent

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