CHAPITRE VIII
ne veux pas lui faire courir les chances d'une complicité plus longue et la responsabilité des receleurs. Comment notre pupile a-t-il passé ces deux jours ?
— Il a beaucoup demandé sa mère , dit Fontaine, mais on lui a laissé casser assez de joujoux pour essuyer quelquefois ses larmes. Puisqu'il vous retrouve , il va parler de cerceau et de sabre ; il espère qu'on le ramènera dans un vaisseau à sa mère. Pour moi, not' maître , je ne crains guère ni leurs poursuites ni leurs gendarmes ; je me lève plus matin que toutes les mouches , et quant aux gendarmes , voyez-vous , on leur dit : Mon cœurî Mais ce qui me frisonne, M. Ferrier, c'est le chagrin que doit avoir là bas cette pauvre petite femme. Par rapport au mari, eh bien ! je ne sais pas moi , mais il ne parait point qu'il ressemble beaucoup a ce petit garçon. Vous croyez qu'il voudra nous le disputer, le brave homme? Je ne pense pas qu'il soit capable de le faire.
— Et, du reste, n'as-tu rien reçu pour moi?
aucune lettre , aucun avis? N'est-il point venu d'étranger en mon absence ? n'aurais-tu rien observé , pas même rôdant à l'entour quelque homme à redingote longue et bleue, une canne suspendue à la boutonnière ?
— Un mouchard, enfin? dit Fontaine.
Non, Monsieur : il ne s'est présenté, pour vous rendre visite , que M. de Clavières , un de vos amis , a-t-il dit ; et il a été bien contrarié de votre absence . Il venait vous faire part de son mariage.
— Lui!
— Et vous inviter à passer quelques mois dans sa propriété, en province. Tenez, le nom est au bas de cette carte.
Arnold lut : « On t'attendra tout l'été au « modeste castel d'Arpennas, frontière de la « Corrèze , par Aubusson. »
— C'est presque mon pays, dit Fontaine. — 'J'ai autre chose à faire, pensa Arnold. Et
cependant, c'est un brave garçon ; pourquoi s'est-il donc marié, celui-là? Il est passionné comme un Espagnol.