CHAPITRE VIII
cette maison sou héritier présomptif, et on ne pourra le ravoir. Tant mieux ! il est dans les meilleurs bras que pût lui ouvrir le ciel.
— Grâce aux dénonciations que j'ai faites. Madame, lui dit un jour le comte , et à tout mon crédit, Daniel nous sera bientôt et exemplairement rendu.
— De quoi vous mêlez-vous? dit Eve. Comment cela vous regarderait-il?
— Le sort de mon fils?
— Il n'est nullement compromis, Monsieur : je l'ai confié moi-même à une personne sûre ; il est parti pour les eaux de Louesch, parce que sa santé le réclamait . Soyez sans sollicitude.
— Mais ce que vous m'avez dit vous-même... Vos pleurs, Madame...
— Eh ! c'était pour vous éprouver î je voulais savoir si vous aviez quelque distraction en notre faveur : vous êtes si occupé de vos ambitions ! Ne voyez-vous pas qu'en demandant votre consentement j'avais peur d'être refusée ? Mais vous ne voyez rien !
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— Et cependant...
— On m'a bien caché à moi-même le jour précis de ce départ ! On craignait que je n'eusse pas le courage de quitter mon fils, et il le fallait , car on dit que je le gâte. Il est parti avec une gouvernante pour la saison entière des eaux. Il habitera les montagnes et une étable de la suisse dont l'air est nécessaire à sa faiblesse. Il a bien fallu obéir aux prescriptions du docteur. Tenez , le voilà qui entre : demandez-lui compte de sa tyrannie. Voulez-vous voir le ravisseur ? C'est M. Péricault lui-même.
Le docteur , malgré sa prédilection pour sa folle et gracieuse cliente , malgré les signes qu'on lui adressait et sa propre initiation en des mystères où les deux complices lui inspiraient une condescendante faiblesse , eût été étourdi du coup et embarrassé peut-être de répondre au comte, si celui-ci l'eût interrogé ; mais humilié et choqué à la fois d'une résolution exécutée à son insu, le comte tourna le dos et quitta incivilement le boudoir de sa femme.