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CHAPITRE Vlll

bouvreuil. Au premier soupçon de la faim, il vidait ses poches toutes chargées des desserts de la dernière auberge : mais, disait l'enfant cruel : — C'est pour maman!

Mon dieu! qu'ai-je fait, pensait alors l'étourdi : une seconde imprudence répare-telle jamais la première? l'éternelle victime sera donc cet innocent? Le mauvais sort dont je le menace, j'ose appeler cela réparation ! Qui de la mère , seule aujourd'hui en ses fastueuses demeures, ou de nous, essuyant nos fronts couverts de poussière au pied du poirier sauvage sur le bord de la route, est le moins malheureux?

11 se rappela un soir qu'il avait gardé certain écrit d'elle , et caché quelques feuillets au travers des eaux fortes de Marc-Antoine et d'Albert Durer : il se promit d'interroger ces fragmens de mémoires. Au coucher du soleil , arrêté dans une petite ville assise aux bords du Cher, entre des bois et des prairies, il s'y établit pour vingt-quatre heures.

La propreté des bords caillouteux de la rivière, Tondoyante fumée des hauts fourneaux la recommanderaient comme à lui à vos goûts pittoresques. C'est Vierzon, cité étroite mais riante ; moitié forgeronne et moitié batelière. L'eau qui passe là à vos pieds verra les tours de Chenonceaux dans deux heures. Arnold coucha son ami. La résignée créature s'endormit blonde et rose avant même la disparution du soleil ; et quand ces yeux-là furent clos, Arnold rouvrit doucement la fenêtre. Il alluma assez prématurément une lampe en rivalité avec le dernier adieu du jour, et à la faveur de ces clartés .xtes , .oies rayons confondus, lueur moitié mâle et moitié femelle qui est à la lumière ce qu'est à la musique l'accent velouté d'un soprano, il saisit le confidentiel cahier.

Il y reconnut, dès les premières lignes et avant même de recourir à une date, que les sentimens épanchés là, par cette pauvre mère qu'il avait dépouillée , remontaient jusqu'au

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lendemain même de la première soirée passée ensemble. Il revint ainsi sur ses traces, et il retourna aux temps passés, non sans une vive émotion. Il était écrit sur Tenveloppe : Journal d'Eve.

«iQurnal d'Eve. — Confldences,

Il y a lui ver dans toutes les roses, un péché dans tous les coeurs. Qu'esl-il besoin pour accuser, de savoir un fait positif? On dit à un homme. Je connais ton crime... L'homme regarde dans son passé : il en trouve deux

jEAiy Paul.

7 juin.

Est-ce bien moi ! Suis-je la personne qui a pensé hier et agi comme je me le rappelle ? Comment , il n'y aura point de réveil à tout cela ! Au lieu d'un rêve, ce sera un souvenir !

Il faut que j'écrive.

Peut-être quand les idées qui m'obsèdent seront là, sur ce papier, quilleront-elles ma

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tête ; et puis en l'éloignant de moi, ce papier, j'oublierai ce qu'il renferme.

J'ai accompli cette action, moi ! je me suis donnée, avilie par ambition!

Mais j'ai obéi aux idées de ma mère. La mère veut le bien de son enfant : je n'ai donc point de remords h craindre.

Au profit de mon avenir et de ma position , il le fallait ! C'est là la première nécessité , c'est le premier devoir quand on est de ce monde.

Et cependant, je ne dirai pas à cette femme mon secret : je ne veux pas que Lui soit mêlé h ces confidences et profané par un tel aveu. Il suffit bien que j'aie assuré le succès de ce qui m'a été conseillé... oui, conseillé par la baronne, et par les étranges conditions de ce protecteur qui demande la maternité pour dot à celle qu'il épouse!

Mais je ne veux plus revoir ce jeune homme.

Que j'ai bien fait de me mettre en garde contre la tentation qui pourrait éclore dans ma tête... ou dans mon cœur! J'ai bien fait

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