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CHAPITRE IX

de laisser ce billet là-bas. Il fallait élever une barrière entre nous : un tel mot sera plus haut et plus sûr que d'infranchissables murailles. Un outrage qu'il ne peut pardonner, voilà qui nous sépare. Je ne le verrai plus ! tant mieux.

Il était tendre, heureux, confiant dans l'avenir... charmant! Et un seul de ses regards, si doux hier, m'anéantirait aujourd'hui.

Pourquoi? — Je ne me reconnais plus. Ne le voilà-t-il pas bien humilié ! Que pourrait me reprocher ce jeune hoimne? C'était lui que je cherchais, moi ; et moi j'étais pour lui la première femme venue , une aventurière : celle-là ou une autre, toutes étaient égales à ses yeux... Oh! les hommes ! — J'ai bien fait de laisser ce billet.

Mais je lui ai dit mon nom : pourquoi lui ai-je dit mon nom? Étourderie, inconséquence ! Heureusement ce n'est pas le nom de la famille ; et puis j'en vais changer, j'espère.

Ah! malheureuse! il est donc vrai qu'il ne me retrouvera jamais , nulle part ; qu'aucune trace, aucun espoir ne reste entre nous!

22 juin.

J'étais décidée à n'opposer plus ni dégoût , ni refus , ni lenteurs aux exigences du Comte. On m'a mené ce soir à l'Opéra : ma toilette élait éblouissante. J'ai été saluée partout comme la fiancée du riche et puissant Seigneur. — J'ai compris aussi qu'il était bien imprudent d'attendre... Il ne faut pas perdre le fruit d'une action, quand on a eu le courage de la commettre.

Nous avions des chevaux neufs, un carrosse sorti d'hier des ateliers de Thomas Baptiste. On a jugé partout que ce luxe se rapportait à un prochain et nouvel état de maison. J'ai été complimentée sur mon goût, sur mon sort qui va se fixer... quand je voudrai. Eh bien, je le veux ! Je ne descendrai pas du faîte où Ton me croit déjà placée. Il faut être riche, c'est-à-dire heureuse , puisque c'est là le bonheur, j'aurai la résolution de ma conduite. J'ai compris l'impatience du satyre à l'ardeur de ses yeux, pendant le souper.

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Et cependant je viens de pousser les verroùx de ma chambre , avant même d'être à moitié déshabillée.

Les richesses.... ô fascination!

Si plutôt le bonheur était de sentir ma main emprisonnée dans une main plus forte, d'avoir ma tête si près de la sienne que je ne puisse distinguer si ses cheveux ou les miens effleurent mon front. Mes bras sont-ils faits pour autre chose, Arnold, que pour vous presser sur mon cœur? Que devenir, mon dieu , ainsi seule toute la vie? pourquoi cette tendresse qui s'éveille en moi , si elle n'est pas pour lui? Où iront mes douces pensées, toutes ces caresses dont je me sens riche? Il faudra donc, au lieu de cela, être immobile et glacée comme une statue coulée en or! Si le bonheur plutôt était de penser tout haut avec lui : car dire la vérité serait lui dire que je l'aime... et au lieu de cela, il faudra torturer son cœur, comprimer toute la vie les élans de l'ame, marcher, ramper, me meurtrir dans cette route que ma mère m'a fait

suivre. Il faut aller là sans dévier jusqu'à la mort. Là , je serai considérée, heureuse. Elle ledit!

L'attelage du Comte était beau! Ce sont des andalous achetés à l'ambassadeur de Christine.

La petite femme de cette Grandesse, avec ses jonquilles dans des cheveux aile de corbeau , était bien orgueilleuse de ses diamans venus du Mexique ! Il y aurait plaisir à l'éclipser demain ! Arnold est pauvre : c'est un tort. C'est une grande injustice.

27 juin.

A la cour! j'irais à la cour ! Que penseront mes sœurs? Elles sont si jalouses !

Le soir du même jour. ^

Oh! ce misérable billet, ce chiffon de papier! il prend à mes yeux trop d'importance. Il semble que chaque mot qui le com-

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