CHAPITRE IX
pose soit l'oracle de ma destinée. Que ne donnerais-je pas pour le ravoir ! Si je ne l'avais pas écrit, tout ne serait point irrévocable entre nous. Je ne serais pour lui peut-être qu'un
souvenir agréable et doux encore Que lui
ai-je donc écrit? — Oh ! c'est infâme !
Mais si les paysans ne l'avaient pas remis? Ils auront tout gardé pour avoir l'argent. Oh ! c'est certain : je puis espérer.
Eh! qu'est-ce que cela me fait?
Pourquoi penser toujours à la même et inutile chose? La fête de Rotschild se donne demain et sera plus belle encore, dit-on, que celle de lord Granville.
Oh ! mon dieu , que je m'ennuie partout !
1" juillet.
Et cette dupe qu'il faudra accueillir! ce vieillard, un ancien voluptueux, un coureur de beautés passées : il va me recevoir comme
dans le bazar de Tunis une esclave de plus ; m'examiner curieusement, me comparer; et ainsi qu'on goûte un fruit sauvage , un vin nouveau, me dédaigner peut-être... ou me posséder. Je ne veux pas! Le sacrifice de l'innocence, ô bizarrerie , exalte en moi la pudeur. Je suis à un autre! Un sylphe, comme aux temps miraculeux, m'a visitée : j'ai rencontré sous les ombrages de Luciennes le fabuleux chasseur.
Et ma mère qui semble ne pas même voir ma peine et ne prendre aucune part à mes ennuis! Tandis que je rêve ou pleure au milieu de ces fastueux jardins, elle étaie des dalhias, observe puérilement dans les roses des insectes vêtus d'émeraude et d'or. — Pourquoi cela?