CHAPITRE IX
immobilité, je me rendormis plus profondément qu'auparavant.
Peu après, les décorations de mon rêve changèrent. J'étais dans un lieu oii l'on était demi-éteint , où l'on attendait , où l'on se résignait. Ce devait être le nord : il n'y avait point de feuilles aux arbres. J'eus un sentiment de froid comme s'il venait à passer à mes pieds un ruisseau qui se prend de glace, ou bien que j'eusse touché en passant dans une église ténébreuse à quelque pilier de pierre. J'avais, dans mon enfance, un jour que j'étais allée cueillir des colchiques dans un grand pré, vu un serpent couché dans le sentier blanc. Il s'était dressé à demi à mon aspect, quoiqu'il fiit déjà engourdi par l'automne, et m'avait regardé avec des yeux vitrés. J'avais fui en criant, j'avais échappé au péril, mais ce regard ne m'a jamais quitté ni dans mes nuits de quinze ans , ni dans le délire de toutes mes fièvres. J'ai retrouvé constamment ces yeux et toute cette indicible horreur. Xlnvts
je crus être atteinte par l'affreux reptile; mais c'était un monstre grandi , un géant comme ceux qui infestent les Amériques : l'anoconda, le boa constrictor, que sais-je moi ! un ennemi enfin plein de dégoût et d'horreur. Il laissa peser sur moi son corps livide, voulut m'entourer de ses anneaux et tomba. Je poussai des gémissemens effroyables, je voulais me débattre et fuir, je sentais bien que nul son ne sortait de ma poitrine déchirée , j'étais vaincue par un poison... je ne bougeais pas plus que la roche pétrifiée.
Enfin, devenu immobile à son tour, le reptile prit une figure d'homme, et il se mit à pleurer; il pleurait de l'impuissance et du désespoir de ne pas à son gré m'engloutir. A la fin ce fantôme dont j'entendis bruire le râle, puis mourir la respiration essoufflée, se glissa sur les tapis du parquet , rampa , parut vouloir dans les ténèbres ressaisir un objet sur la cheminée ; et le bruit clair et vif d'un cristal brisé sur le marbre m'arracha tout à coup et comme magiquement à ma léthargie. Je