‹ LéoChapitre 132 sur 157 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dus me dresser sur ma couche ainsi que le ferait par un ressort un squelette ; comme agiront les trépassés un jour, au premier clairon du jugement dernier. Un rayon de la lune égaré dans l'appartement frappait à la manière d'un dard sur l'apparition vivante , et je vis... Oh! tous les objets que j'avais rêvés étaient moins sinistres : je vis la réalité : c'était le pair de France en désordre et s'indignant de sa maladresse avec une figure plus laide que la mort. Je me suis élancée , j'ai traversé l'hôtel , échevelée , palpitante et nue. Je me suis réfugiée dans le lit de ma mère, je me suis cachée dans ses bras, de peur du jour ; j'y ai pleuré, j'y ai maudit... Enfin, par une pitié tardive de Dieu, on dit que j'ai perdu la raison pendant cinq jours.

396 COMFISBKCES.

9 août.

Le noble pair est venu me voir.

Il est venu chez ma mère. Il s'était, sans que je l'eusse entendu approcher, assis sur un fauteuil au pied du lit, et il paraît qu'il attendait là avec confiance le pardon de ses témérités.

Je ne pouvais guère me refuser à cette déplorable indulgence ; mais je n'ai pas été maîtresse du premier mouvement lorsqu'en me retournant sur l'oreiller, j'ai aperçu cette figure. C'était le maintien d'un vieux juge et le contentement orgueilleux d'un fat! 11 portait sur la tète un chapeau à plumes, sur l'épaule un manteau de velours et d'hermine : il allait à son palais du Luxembourg ! Je n'ai rien vu de si burlesquement solennel : et misérable que je suis , je crois que malgré ma détresse, l'expression de mon visage était moqueuse.

Mon vainqueur a paru scandalisé de l'ef-

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