‹ LéoChapitre 140 sur 157 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

mède trouvé, une révélation ! La campagne î c'est le spécifique à tous les ennuis. Vous indiquez là mon salut : je suis sauvée ! c'est mon trésor enfoui qui a fait trembler votre baguette de magicien. La campagne! oh! je vous rend grâce, mon bon M . Péricault , me voilà guérie , tirée de peine , rajeunie , ranimée ! Qu'importe que nous ne soyons encore qu'en avril , je pars demain pour la campagne.

J'irai dans un village à peu de distance d'ici; mais il est calme et absolument solitaire . Le comte y possède une maison vaste qu'il a fait restaurer. C'est là que Léo est venu au monde. Je n'aurai point de voisins à cultiver, point de visites à rendre. On s'y croirait à cinq cents lieues de Paris. Mon fils, tu joueras , tu fleuriras dans l'herbe !

Une seule idée m'afflige. Ma mère s'obstine à m'accompagner.

Fin «rane Histoire.

Adieu, vie mauvaise et méchante, je ne puis te regretter : tu as été trop lourde à mon cœur.

ClOAREC INCONNn

Ces aveux toucheront diversement l'esprit des lecteurs; nous jugerons plus tard de leur effet sur l'imagination d'Arnold.

Arnold toujours errant était arrivé au pays de Fontaine et il le parcourait avec un double intérêt : celui d'en pouvoir parler un jour à son agreste ami et l'espérance de rencontrer

316 FIN d'une histoire.

certain château où il savait qu'un de ses camarades d'enfance passait les mois de l'automne chaque année. L'artiste avait oublié le nom du manoir jadis féodal, mais il était sûr de le reconnaitre à la désinence de ce nom qui s'articulait en as , et aussi demandait-il comment on nommait chaque ruine qui chancelait au bord des chemins, chaque orgueilleuse tour assise au milieu du damier des champs et des prairies. La fatalité l'attendait là. Ce pays, coupé de ruisseaux et de quelques rivières profondes, est stérile : le terrain y procède par escarpemens successifs ; mais les plus beaux arbres du monde y couvrent pour les troupeaux une herbe fine qui cède à la pression du pied des voyageurs aussi mollement qu'un tapis de luxe. Nul insecte, aucune plante vénéneuse n'habite sous l'ombre des châtaigniers. Si vous entendez là, dans la feuillée, retentir un coup lointain sur le tronc d'un arbre et qu'on prendrait pour l'écho affaibli de la cognée, c'est le pic- vert qui ouvre son nid dans le cœur du hêtre. A

Page 1