CHAPITRE X
avantageux ; et pour une main aussi peu habile que la mienne, il faut quelque nécessité pour y recourir.
— C'est le cas , dit le garde-chasse.
— De quoi s'agit-il donc?
— De... de faire le portrait de mon jeune maître , Monsieur.
-^ Il est ici?
— Encore jusqu'à demain.
— Comment ne l'ai-je pas vu?. Fait-on une telle hospitalité en se dérobant à la reconnaissance? Mais en livrant le pain et le vin, Dieu lui-même se manifeste. Je vais lui aller dire , au châtelain , que demain je prendrai séance.
— Il ne vous entendrait pas. Demain dès l'aurore on nous l'enlève pour toujours. J'aurais tant voulu , Monsieur , pour d'autres , cette image qui ne sortira jamais de mon cœur !
— Je ne vous comprends pas ; mais n'importe , conduisez-moi à lui. Je prendrai des pinceaux , des ivoires , tout ce qu'il faut pour prouver ma bonne volonté. Fermons bien
330 FIN D'DNB HISTOIRE.
seulement les volets , afm d'allonger la nuit de .ce fatigué pèlerin.
Arnold , après ces précautions , suivit les pas du vénérable garde ; et par un escalier tortueux et antique, il s'aperçut qu'on le faisait monter dans la tour dont il avait vu une chambre si singulièrement illuminée. Il ne douta pas que ce ne fût là la retraite du maître, et il se demandait par quel caprice le possesseur qui dispose de tant de vastes appartemens et de somptueux lambris, se réfugiait dans cette espèce de cellule aérienne. Il entra , remarquant avec surprise son guide s'agenouiller sur le seuil , et faire le signe de la croix ; puis autour d'un lit, huit cierges allumés répandaient une clarté fatale. L'homme étendu sur cette couche avait lé visage voilé par un pan du drap ; et sur la blancheur de ce drap, Arnold aperçut des taches de sang.
— Un meurtre ! s'écria-t-il. Vous me menez au pied d'un cadavre ! que voulez-vous de moi? Quel crime a4-on commis dans <'e château abandonné?