‹ LéoChapitre 148 sur 157 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

que retenait sa main gauche, et appuyant là de la droite un pistolet entre deux de ses doigts écartés. La balle a percé le cœur et la lettre ; il a dû peu souffrir : personne , Monsieur, n'a entendu l'explosion. C'était peutêtre par une précaution contre tout secours qu'il avait choisi cette chambre écartée.

— Oh ! dit Arnold , je ne sais si je pourrai peindre : ma main tremble et mes yeux sont voilés ; mais demain. ;,.

— Demain, ils l'enseveliront. Monsieur.

— Eh bien! essayons. Et vous, pendant que je m'efforcerai de retracer cette image et de m'acquitter d'un double devoir, racontez-moi , je vous en prie , ce que vous savez des malheurs de notre ami.

lia terre natale*

On va le long des vallées, écoutant le bruit des moulins, le chant des laveuses, les eris des cnt'ans dans les vergers fleuris.

rOÈHE BRETON.

Le peintre se mit à l'œuvre , et le vieillard parla. Établi presque en face de la victime, Arnold avait fait dans les lumières quelques dispositions pour obtenir un effet analogue à cette scène de deuil et à la pensée qui navrai i son cœur ; le garde s'était agenouillé encore au bout du lit , appuyé sur les pieds froids du cadavre.

336 FIN D>0NB HISTOIRE.

— Monsieur, commença-t-il , je suis bien vieux : j'ai fait la guerre et vu beaucoup de choses tTistes ; mais rien d'aussi triste que le chagrin qui mène un jeune homme à se tuer. Je n'ai jamais été que garçon et j'aimais cet enfant comme s'il eût été le mien. J'abuserai peut-être de votre attention. Monsieur, je radote un peu , comme on le fait à mon âge ; mais vous me pardonnerez. Il était l'idole et le tourment de sa mère : dès qu'il a su parler et courir, il impatientait tout le monde, et tout le monde l'adorait. C'était un cœur si aimant ! Il était si diable et si bon ! J'avais été fait garde-général au retour de nos campagnes ; je possédais un fusil et des chiens : un fusil qui fait du bruit, des chiens qu'on excite et qu'on caresse, c'étaient deux motifs puissans pour qu'il courût après moi sans cesse. Sa mère ne pouvait plus le retenir à la maison, et chaque soir, le câlin se faisait pardonner, je ne sais comment, une journée passée loin d'elle à battre les champs et les bois. — Tu te rendras malade ! Qui t'a déchiré ainsi les

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