CHAPITRE I. 'ii
lait-elle déjà récompenser? voulait-elle coiiiniencer à séduire ? était-ce l'avenir ou le passé qui lui avait inspiré un mouvement si gracieux ?
On arriva, on toucha bientôt cette berge consulaire où la fin du dernier siècle vit un grand homme avorter en empereur. Arnold offrit son bras qui fut accepté avec une insouciante franchise, et voilà les deux amis improvisés s'élançant vers le premier sentier mal pavé qui va dominer la côte.
— Où me conduisez-vous? dit Arnold avec une inflexion de voix caressante.
L'étourdie parut fort étonnée, choquée peutêtre de la question, et se retournant pour examiner l'horizon qu'elle laissait derrière elle :
— Mais en effet , dit-elle , Monsieur , où sommes-nous ? Je ne me reconnais pas.
Et elle jeta sur le paysage étendu à ses pieds le regard d'un naufragé sur une terre australe.
— Mais par exemple à Saint-Cloud , reprit Arnold en réprimant mal un léger sourire.
— Eh mais , mon Dieu ! ce n'est pas là que je voulais m'arrêter. Aurions-nous dépassé , sans que je m'en fusse aperçue, les coteaux de Luciennes , Marly , Bougival ?
— Dites plutôt que nous n'y pouvons être arrivés encore. La Seine fait mille détours , Madame , et le temps de la navigation vous a sans doute abusée. Puis la pirogue d'ailleurs ne pousse jamais, je crois, jusque-là.
— Oh! quel malheur ! J'ai cru pouvoir descendre jusqu'au port de Marly avec ce bateau. C'est dans ces environs-là , Monsieur , que je suis attendue : il faut m'y rendre.
— • On pourrait à la rigueur gagner ces parages-là...
— A pied ? dit-elle. Ce serait plaisant !
— A travers les vignobles de Garche et les bois de Vaucresson; mais vous sentez-vous ce courage ? il y a une lieue.
— Qu'est-ce qu'une lieue ? demanda la parisienne.
— Deux heures de marche pour vous.
— Je cheminerais plus long-temps encore.