‹ LéoChapitre 16 sur 157 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

s'il le fallait. Mon Dieu ! on m'attend , vous dis-je, et je voudrais épargner mille inquiétudes.

Elle mentait peut-être. Mais il y avait dans tout son air à composer cette fable , un naturel d'effroi si complet, une apparence de sincérité tellement naïve , que le jeune homme en fut enchanté.

— A la bonne heure ! pensa-t-il. Il y a des femmes qui gâteraient le métier à force de le pratiquer grossièrement. Elles dégoûteraient du rôle de dupe , un des plus doux qui soit à jouer dans ce monde. Mais , ajouta-t-il pour lui-même : que diable prétend mon singulier compagnon ?

— Et vous, se hâta d'ajouter la jeune dame , je vous dérange, n'est-ce pas? J'abuse de vos politesses.

— Oh! moi , dit franchement Arnold, j'accomplis mon destin.

— Où alliez-vous donc ?

— J'ai quitté Paris pour vous suivre.

— Monsieur...

34 I,A PIROaUE.

— Tant que vous accepterez ma présence, ne craignez pas de me lasser.

— Comment?

— Je suis plus égoïste que vous ne craignez de l'être. N'avez-vous pas deviné déjà qui je- suis? quel est mon métier de peintre? La beauté est l'objet de notre culte, Madame: je m'attache à tous les sujets d'étude comme le fer à l'aimant ; je me suis senti lié à vous par l'amour... du coloris.

Sa compagne rougissante le regarda avec étonnement.

— Ne connaissez-vous donc point, poursuivit Arnold , ce genre d'aventuriers qui pour apprécier une perfection nouvelle courrait autant de hasards que le conquérant d'un nouveau monde? La beauté est bien plus précieuse et difficile à trouver que l'Amérique ! Elle est plus rare aussi ; car l'Amérique existe au moins : et pure, complète, incontestable et vivante , la beauté, je n'aurais pas répondu ce matin de son existence.

— Vous êtes fou , dit la jeune femme.

Page 1