CHAPITRE XI
que satisfait son honneur. Se commettre, vois-tu , me dit-il , pour une ignoble cause et avec un ignoble adversaire , c'est plus amer que l'impunité. D'ailleurs, à celui qui fxi définitive est impardonnable , je me charge d'infliger sa peine !
Il alla revoir la chapelle, et puis dans le caveau de famille la place de sa mère. Une fois il passa deux jours à la ville prochaine ; une autre fois, et à mon insu , il dit à ma filleule qu'il allait à la chasse, et rentra sans fusil. Je n'osai l'en faire apercevoir. Enfin, Monsieur, il était si changé de visage que son chien ne le reconnut pas ; il le quitta un jour au milieu de la garenne. Avant-hier cependant il parut reprendre un peu de tranquillité; il me fit souper avec lui, à mon ancienne place, et il mangea quelques fruits avec plaisir. Moi , cela m'enhardit; j'allai après le reconduire dans sa tour et je lui parlai du temps jadis : je lui rappelai même cette première nuit de bon sommeil qu'il avait passée là en revenant de Pont-le-Voy. Jl souriJ, et me dit
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comme ça : Je vais essayer encore de dormir, mon brave. Le repos m'est bien nécessaire !
Et il me tendit la main.
Le cruel enfant me trompait, Monsieur : je croyais qu'il allait en effet réparer ses forces, qu'il triompherait de sa souffrance inconnue : il ne voulait que m'épargner l'horreur et le premier étonnement d'un affreux spectacle. Que n'ai-je su sa pensée, lorsqu'il me dit encore, mais pour la dernière fois et avec calme : Rajuiond , tu ne me réveilleras pas demain.
— Mais cette femme, demanda Arnold, la cause, à ce qu'il me semble, d'une telle catastrophe, quelle est-elle?
— La veuve d'un très riche négociant , Monsieur, M. de Clavières l'avait rencontrée dans le monde, par hasard. J'ai entendu dire qu'il lui avait rendu un service signalé : ill'aurait tirée d'un péril dans un bal, je crois, ou un lieu public, du temps de son premier mari. Il y avait ici à la noce un ami qui blâmait ce mariage : j'entendis qu'il confiait cela