‹ LéoChapitre 17 sur 157 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

— Je ne dis pas non , Mademoiselle.

— Je tiens vos hyperboles pour une façon délicate, quoique bizarre, de déguiser le sacrifice que vous me faites, et je vous en remercie.

C'était accepter le bras du peintre. On marcha , on perdit souvent la route , car on n'avait d'autre moyen de se diriger que l'inclinaison du soleil et la mousse des arbres attachée infailliblement à leurs pieds du côté du nord. Il fallut plus d'une fois poursuivre à travers des champs cultivés.

La familiarité s'établissait à la faveur de quelques embarras fugitifs , de quelques dangers d'un moment.

— Ne marchez donc pas le long de ce guéret, sur ces jolies fleurs aux corolles lapis et aux cœurs d'or, dit Arnold.

— Sont-ce des plantes étrangères ?

— Plus précieuses cent fois.

— Elles s'appellent...

— Des pommes de tei're.

— Ah !

— Pourquoi railler? on les a apportées de bien loin, Madame ! Louis XVI, un honnête particulier, essaya de populariser cette plante en portant sa fleur h la boutonnière devant toute la cour ; mais le bien est long à triompher de l'inertie; on dédaigna long-temps de cultiver cette manne , une ressource du pauvre , un autre pain pour lui. Enfin Parmentier en ensemença quelques arpens dans la plaine des Sablons et les fit garder par des soldats apostés le jour et la nuit. La convoitise alors s'éveilla à l'entour. On jugea précieuse cette propriété si surveillée. A force de précautions pour la défendre, l'ingénieux philantrophe parvint à se la faire voler; et c'est ainsi que la hideuse famine est devenue depuis impossible en France.

— Vous êtes fort instructif! dit avec dédain la petite-mai tresse.

Elle n'avait jamais goûté cette substance que dénaturée par le sucre, la fleur d'orange et l'art des cuisiniers. Elle ne dissimula pas que c'était assez bon; niais, dit-elle, j'aime bien mieux les ananas.

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