CHAPITRE I
bres se coordonnaient sans qu'aucune perfection nuisît à l'autre. C'était bien c les bras de cette poitrine , les mains de ces bras , les épaules de tout ce torse irréprochable. » Le regard du connaisseur, qu'aucun désaccord ne faisait diverger, pouvait monter comme une caresse au long de ces formes dignes du marbre grec. Seulement , il remarqua dans quelques muscles moins de force que de voluptueuse rondeur ; et la jambe , par exemple , semblait destinée à la marche moins qu'aux balancemens de cette danse qui la dévoilera à demi sous le crêpe transparent et les fleurs. Eve parut fort humiliée d'un si méditatif enthousiasme , et s'éloigna de quelques pas. Elle entra, par une curiosité vague ou quelque empressement à chercher une autre contenance, dans la serre où séchaient les filets du pêcheur. Là aussi étaient rangés parmi des caisses quelques nattes destinées à protéger les espaliers contre la rigueur de l'hiver. Arnold pendant ce temps avait reconnu en détail chacune des perfections qu'il avait rêvées,
et il prit la belle créature pour l'ange éclos de ses prières , le modèle imploré si long-temps pour accomplir tous les poëmes qu'il portait dans son imagination.
Il s'engagea sur les pas de sa compagne ; mais quand il se sentit près d'elle dans ces naissantes ténèbres , toute préoccupation grave cessa pour lui. Le peintre s'évanouit, il ne resta que le jeune homme. Il éprouva un tremblement nerveux , ses coudes pressaient son propre corps : il fut obligé de contenir la convulsion de ses dents prêtes à se heurter : son cerveau était serré , et au lieu des aiguillons du désir, un frisson l'envahissait tout entier.
— Il faut nous séparer Monsieur, dit Eve sérieusement. Je ne sais comment j'expliquerai ma tardive arrivée ; mais , Dieu merci ! je n'ai plus que quelques pas à faire : je vais prendre congé de vous.
Arnold ne répondit pas. La porte s'était refermée sur eux et un sang de feu inondait a présent ses veines. Une souffrance inconnue