CHAPITRE I
gonflées; elle attachait sur toute la personne de son complice un regard de méditation singulière; elle semblait triompher de son premier vainqueur. Puis tout à coup elle pâlit, et s'approcha de lui avec une timidité angélique. Arnold la pressait avec une ivresse plus sereine : il avait moins d'ardeur et déjà plus d'amour.
Le temps avait marché. Les premiers rayons de la lune levée sur Luciennes éclairaient la grâce et la richesse de cette taille languissante. La brise faisait jouer sur un cou éclatant de blancheur ces cheveux follets, boucles légères qui s'enroulent sur eux-mêmes au bord de la collerette fleurie. Arnold prit entre ses lèvres quelques uns de ces duvets si fins, et la jeune femme tressaillit encore. Arnold baisa son sourire. Puis elle pencha de nouveau son beau visage, et quand elle le releva après quelques minutes, le peintre vit avec un profond étonnement qu'il était tout baigné de larmes.
— ^ Ah ! je m'intéresserai toute la vie à votre avenir, dit-elle. Jamais le nom d'Arnold
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ne sera plus redit par une des bouches de la renommée sans me paraître un écho de mon nom. Quand je le trouverai dans un journal, j'aimerai la plume qui l'aura caressé, ou je mépriserai l'envieux qui aura cru lui faire insulte.
— ■ Mais si ignoré que je suis , dit Arnold , comment ce nom vous a-t-il été révélé ?
— Quelquefois , Monsieur , on se suppose plus inconnu qu'on ne l'est... Le talent, se reprit-elle, ne sait-il pas conquérir des amis qu'il ne connaîtra peut-être jamais ; amis lointains dont il a distrait les peines, dont l'ame s'est élevée à suivre ses nobles rêveries ?
— Vous parlez du poète, flatteuse, dit Arnold en soupirant. Celui-là a les conditions de créer sans matériels secours et il peut devenir plus aisément populaire ; ses idées libres sont si rapidement traduites ! il n'a pour les fixer besoin que de si peu de chose : une feuille de papier et un crayon , la première petite place au soleil où le jour venu de gauche ne verse pas l'ombre sur les lignes qu'il essaie.