‹ LéoChapitre 27 sur 157 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

était entre eux désormais possible? Destins nouveaux qui allez commencer, vous serez beaux! dit-il.

Elle s'est donnée à moi en un seul jour... mais n'obéissait-elle pas à la puissance de quelque invincible sympathie? Est-ce aux enfans de la nature , dotés de soudaineté et de franchise, à blâmer l'entraînement de cette volonté? Amour! nous sommes deux cygnes qui se sont rencontrés dans l'espace, deux nuages envoyés au devant l'un de l'autre par la prévision de Dieu pour se réunir en un seul. J'étais seul! Avant cette faveur de la providence, il me manquait le complément de la vie. 0 mon toit solitaire, mon grenier studieux , je vous rapporte un souvenir , une félicité , un hôte qui ne vous quitteront plus !

L'absence d'Eve se prolongea. L'impatience d'Arnold était cette inquiétude qui suit déjà la possession de tout nouveau trésor. Il sortit dans le verger et appela. Sa voix, timbrée d'amour, ne lui fut renvoyée que par un har-

moiiieux écho. Tout restait calme : la teinte des rayons bleus donnait à la rosée un aspect prestigieux. L'ombre d'un grand peuplier dormait là sur le pré, et au loin une perdrix attardée rappelait doucement ses sœurs. Arnold goûtait une sécurité pleine de suaves délices. Il entra dans la chaumière et interrogea les hôtes.

— Madame?, dit la vieille : vous demandez Madame?... Elle est partie.

— Que voulez-vous dire?

— Il y a vingt minutes au moins, ajouta Toinette. Ne le saviez- vous pas? Je la crois en allée par le sentier qui mène au château.

— Du tout ! reprit l'hôtesse. Elle a fait arrêter une voiture sur le bord de la grand'route , je crois bien que c'est la voiture publique; et elle a monté dedans pour prendre avec elle du côté de Paris.

Arnold ne sut pas cacher sa stupeur.

— Mais, ajouta encore Toinette, elle a laissé pour vous un petit mot dans ce papier, Monsieur, et elle a voulu le plier elle-même.

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