‹ LéoChapitre 28 sur 157 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Arnold ouvrit le papier : c'était le modeste compte du dîner dans la maison du pêcheur. Il contenait aussi un double napoléon d'or, et cette simple ligne écrite au crayon :

« Payez, s'il vous plaît, la carte ; le reste est pour vous. »

Présomption.

Si l'homme veut savoir oii trouver son ennemi, qu'il frappe sa poitrine, et son cœur lui répondra : Le voici.

Le Révérekd Mathurik.

Deux ans après , dans la mansarde élevée d'une maison au centre de Paris, il y avait un jeune homme qui allait mourir.

Il était là loin de sa famille et négligé par quelques amis que l'habitude de sa mélancolie avait lassés. Le malheur n'est-il pas de toutes les plaies la plus contagieuse? Sans son voisin

sur le même palier , homme du peuple , bon cœur sous la bure, chrétien que la providence avait placé sous les mêmes tuiles , le jeune homme aurait manqué d'urgèns secours.

Ce voisin , appelé Fontaine , n'était qu'un pauvre commissionnaire. Venu à Paris du fond de sa petite province qu'arrose la Gartempe , il était fort connu dans le quartier. L'intelligence qu'il avait à comprendre le moindre geste de ses pratiques l'avait recommandé à tout le monde. Il trouvait des adresses sans numéro , savait procurer un fiacre les jours de pluie , et obtenir infailliblement une réponse , fût-ce d'un débiteur à son créancier, fût-ce d'une femme en présence de ses jaloux. Son seul défaut était d'être fort curieux, et de pécher souvent contre la logique de la langue française. Ce n'est pas que Fontaine défigurât les mots à la manière des ignorans Savoyards, ou les joignit ensemble par ces étranges euphonies qu'on appelle liaisons dangereuses ; mais il les déplaçait volontiers de leurs significa-

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