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CHAPITRE II

Il s'acheta de beaux, habits. 11 commença par explorer la partie haute du faubourg Saint-Honoré. Là , il croyait se promener un moment par hasard et il épuisait de longues journées en stériles fatigues. Le jour, ses yeux étaient tendus à l'horizon de tous les passages, la nuit vers toutes les croisées restées lumineuses. Il ne remarqua rien qui pût d'abord se rapporter à elle : aucun lieu ne lui fit supposer qu'elle l'habitât, si ce n'est pourtant un hôtel désert au milieu de vastes jardins. Cet hôtel venait d'être subitement quitté par une fantaisie de riche et il était mis en vente au profit de spéculateurs en détail. L'enceinte était livrée aux oisifs et aux explorateurs de tous ces morcellemens que convoite l'industrie. Arnold y pénétra. Pendant qu'il plaçait à son insu l'ombre de la fugitive dans les orangeries , tel autre visiteur pensait à se les approprier afin d'y élever un four et brûler des os. Un troisième voulait changer les quarante toises d'une futaie en un hangar h marteler le zinc et à river les clous des chaudières h vapeur.

SOUS les efTorls d'un mouton qui descendraiî de vingt pieds sur le métal retentissant. Arnold ne se crut désappointé que par cette profanation et ces envahissemens sordides. Le nom du propriétaire absent était d'origine étrangère : les uns le disaient Allemand , les autres pair de France. Le vainqueur délaissé ne remarquait pas quelle vanité lui faisait supposer l'inconnue en tous les plus fastueux séjours, tandis qu'il eût été plus logique peut-être de la vouloir reconnaître à quelque mansarde d'un quatrième étage , sa folle tête passée entre deux pots de géranium.

— Je suis bien fou de m'occuper de si peu de chose! Je reprendrai demain ma copie commencée d'après le saint Jérôme du Dominiquin, et j'irai à l'École de peinture dessiner le soir à la lampe.

Il alla au bois de Boulogne.

Tantôt à pied, il cachait un album dans sa poche pour saisir, pensait-il, un croquis ; tantôt il était monté sur le plus vif anglais du manège Tassinari. Là, il s'attendait chaque jour, vers

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trois heures de raprès-midi, à la voir éclore d'un tourbillon d'élégante poussière ; puis il observait ensuite toute femme marchant rêveuse dans une contre-allée , respectueusement suivie d'un groom et escortée à vingt pas par un landau magnifique. Il regardait même quelquefois (les dimanches matin) s'il ne la démêlerait pas au milieu d'une de ces corbeilles de grisettes que charrient gaîment sur deux roues les tapissières, du côté de Génévilliers ou de Courbevoie.

Mais il prit en rapide dégoût le bois de Boulogne. Il déserta cette fastidieuse arène de toutes les oisivetés repues , voie poudreuse que fatiguent tant de mouvemens sans but et de vices ennuyés. Ces gens-là, disait-il, insultent à toutes les conditions laborieuses, h tous les esprits occupés. Peut-il fleurir une ville où quelques oisifs font ce métier, dépensent ainsi leur vie et leur or , quand tant d'ouvriers usent le jour entre le bruit de l'enclume et la plainte des enfans. Cette existence vide et insolente n'est pas seulement inutile, elle

est nuisible par le poison de l'exemple ; elle est un démenti donné à la loi des sueurs imposée aux fils de Caïn. Ces automates rendraient la fortune haïssable et le loisir stupide.

Et quand il venait à penser qu'il est des patriciens dont le désœuvrement regarde cette locomotion comme le solennel événement de leur journée , il leur souhaitait l'utilité des singes, le plaisir des mangeurs d'opium. Le bois de Boulogne! Cela un bois? des tulipiers qui ne peuvent fleurir , des sycomores à trois feuilles, l'acacia qui ne porte ici que des épines? Non, cette confusion d'arbres exotiques, cette pépinière sans unité, ce fouillis de végétations étrangères avortées sur un sable ingrat , ce n'est pas plus un bois que sous les drapeaux du Czar la cohue soldée des hommes de toutes patries ne compose un peuple. Et ces broussailles soiit données aux Parisics comme une foret! C'est à peu près comme dans nos populations de province on livre au curé pour des âmes tous les contribuables abrutis.

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