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CHAPITRE II

Arnold alla ensuite au Musée.

— Elle sait qui je suis, elle voudra se montrer dans le sanctuaire de mes études ; car elle ouvrira les yeux et elle m'écrira. Elle doit se repentir et rougir déjà de son oubli. Je trouverai un soir en rentrant une lettre : la première et fine écriture qui va passer sous mes yeux, ce sera la sienne.

Il allait , pour se faire aborder, sur son propre terrain. Il comptait sur un prochain triomphe, et pourtant il était si peu libre de son esprit, si distrait de ses méditations habituelles, qu'il parcourait la vaste galerie de Diane sans lever les yeux, même sur un Raphaël, sans avoir salué du regard cette main de la Joconde dont il avait été si long-temps plus amoureux que ne le furent jamais peutêtre Léonard de Vinci ni François l^^ lui-même.

Il fut tenté de faire part à ses amis de son histoire, afin d'ôter à sa pi éoixupation sa solennité ; mais quand il voulut ouvrir la bouche, il se sentit pâlir et resta muet.

Alors il essaya la distraction des bals. Il

les parcourut tous, depuis ceux de la cour où rivalisent dignement la gaîté des princes et le bon goût des bourgeois, jusqu'aux bacchanales de Musard. Il ne remarqua aux Tuileries que l'empressement des Altesses à s'essuyer la main quand elles avaient touché la main d'un citoyen , et dans l'autre que la joie devenue fureur. 0 vrai bamboula de nègres ! Cette frénésie de l'action lui rappela l'existence, et lui fit espérer le réveil d'un peuple qui a conquis une fois l'Europe. On dansait là en effet comme on sait combattre en France. Ce sont des élans à faire trembler toutes les couronnes de monarques, des galops à prendre l'Europe à la course.

Au théâtre il crut aller voir la débutante , il espéra s'intéresser au sort de quelque drame moderne , si candidement livré aux applaudisseurs à gages; mais au milieu d'une scène, s'il s'ouvre une loge il se retourne pour voir entrer Eve. Il se supposait passionné pour le dénouement de la fable , et si l'attention du parterre est attirée au balcon , si tout à coup

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