CHAPITRE II
lion ofTert; et on le vit s'y livrer comme se jette mi suicide aux abîmes de la mer. Il proposa de ne plus quitter la table avant le retour du troisième soleil. Il demanda si on ne pourrait pas se réchauffer un peu dans un bain de punch enflammé , offrant d'en faire emplir son atelier jusqu'à trois pieds de hauteur.
— Oh ! s'écria un des viveurs , que tu es un brave 'compagnon !
— Mon Dieu ! dit un autre , qu'il doit souffrir pour avoir l'idée d'une telle joie !
Ses convives étaient d'agréables jeunes gens : l'un faisait en cheveux bouclés son cours de droit à la Chaumière ; l'autre , futur Dupuytren, étudiait l'anatomie en collaboration avec quelques lingères de son quartier; un troisième culottait une pipe d'écume de mer avec son tuyau de cerisier de Moldavie. Le quatrième était un vaudevilliste. Celui-là était à l'affût de toute nouveauté littérairement négociable. C'était un de ces
revendeurs des créations d' autrui, ne mettant que son industrie dans le commerce de la pensée , et n'ayant en propre que ses revers. Aussi dans toutes les chances théâtrales, était-il infailliblement souffleté sur sa joue , ou couronné sur la tête d'un autre.
— Fais-nous une histoire bien gaie , Stanislas, dit le pauvre Arnold au cinquième témoin de son douloureux banquet.
Celui-là était un observateur plein d'ame, un sage passionné. Après avoir remarqué combien l'art du conteur se discréditait chaque jour et comment le récit , tombé au feuilleton, allait bientôt devenir au talent de l'Arioste ce que l'orgue de Barbarie est aux chants de Mozai t : il prit la parole. Il promit une aventure de femme ; un conte a rai , dit-il. C'est presque une indiscrétion de vous les confier, tant les faits sont encore récens.
Il n'en fallut pas davantage à Arnold pour évoquer son attention. Il supposa qu'il s'agissait peut-être de celle qui obsédait sa pensée :