CHAPITRE II
car lorsque certaine maladie de l'ame nous étreint, tout promet ou menace de reproduire le même fantôme.
On se prépara donc à l'attention en allumant le Havane le plus parfumé.
— 11 y a peu de jours, dit Stanislas Clavières, qu'un de vos amis, Messieurs, était, vers six heures du soir, par un jour bleu du mois de septembre, au balcon du premier étage, chez un restaurateur : ce restaurateur que vous savez : Neuville, dont la petite maison est à moitié perdue là bas entre les vieux hôtels du Marais et les grands arbres du boulevart du Temple. Notre ami avait déjà pris le café et ne se pressait point de descendre. Appuyé sur la balustrade, le cure-dent à la bouche et attendant sans savoir quoi lui-même, il représentait parfaitement cette quiétude d'un esprit qui n'a ni trop peu ni trop dîné. Il ne digérait pas encore, mais déjà il philosophait : et tout en regardant sans dessein le panorama qui entoure la Bastille, il fumait là une rêverie comme nous autres essayons un cigare.
Rêver, n'est-ce pas Messieurs, c'est ce qui console de vivre ?
Voilà, comme il se demandait dans la disposition retrempée de la fibre , dans l'animation à lui rendue par un demi-flacon de Bordeaux, ce qu'il ferait de sa soirée, qu'il aperçut à l'angle de la rue Saintonge un homme de soixante ans à peu près s' avançant beaucoup plus vite que sa corpulence ne pouvait le permettre. Un chapeau gris à la main, cet homme s'essuyait vivement le front comme pour se préparer à reprendre son pas accéléré. Cet air d'empressement , de désordre , et la fixité du regard le signalèrent bien que d'assez loin au désœuvré, pour un bourgeois hors de son assiette : une espèce d'ame en peine, si les âmes n'étaient pas un peu plus rares que les peines. L'observateur... à qui il faut bien que nous donnions un nom pour l'intelligence des futurs nominatifs...
— C'est peut-être toi? dit le vaudevilliste,
— L'observateur , que nous appellerons Octave , continua Stanislas sans s'arrêter ,