CHAPITRE II
devina que l'essoufflé coureur devait être un jaloux. Il crut voir une corrélation entre lui et une certaine voiture jaune qu'il suivait par derrière avec des précautions et un regard assez sournois. — Je gage, se dit-il, que dans ce personnage-là, il y a un drame tout entier ! Je serais curieux de savoir ce qui met en mouvement ce respectable abdomen.
Mais tout à coup la voiture suivie entra dans l'océan des autres carrosses qui se croisent, se mêlent, s'accrochent, se nuisent sur ce cirque poudreux , et il parut qu'elle se perdait aux yeux de l'espion qui la confondit avec ses sœurs de mêmes couleur et apparence. Le Drame s'inquiète alors, avance, recule, met sa main devant ses yeux contre le soleil qui se couche derrière la petite église de Bonr nes-Nouvelles et paraît avoir perdu la piste. Il frappe le pied de désespoir.
Octave conçut la maligne pensée d'aller près du chercheur et d'intéresser sa flânerie curieuse aux tribulations du Bartholo. C'était peut-être le meilleur des hommes possible !
Comme Octave descendait, après avoir salué d'un sourire la jolie reine du comptoir, il rencontra sur l'escalier, à rampe de résédas et à tapis moelleux, un couple de dîneurs qui montait rapide et léger. Le jeune homme portait la tête au vent, demandait à voix très haute un cabinet particulier ; et sa compagne opposait à tous les regards les ailes d'une capote verte, comme se cache sous ses feuilles une cerise appétissante. Octave ne put se méprendre aux rapports respectifs et aux caraC' tères des deux survenans. Il avait sur ce point l'appréciation infaillible, comme on a le coup d'œil militaire ! Le cavalier selon lui était visiblement indigne de son bonheur et la femme abordait pour la première fois le champ des aventures : elle allait commettre sa première faute.
— Si je m'intéressais à ce roman plutôt qu'à l'autre! se dit Octave. Si je quittais Sganarelle pour Agnès et Valère ? La durée du repas secret, le choix des mets et du vin glacé, les complaisances du garçon ou de