CHAPITRE II
que l'emploi un peu innocent de sa soirée.
— • Personne ne fait mieux ses affaires que soi-même , Abbé. J'ai entendu dire cela à un de nos habitués de la rue des Prêtres , auteurjournaliste qui rend compte d^- ses propres ouvrages. Entrez.
Elle souleva la portière du boudoir général, et poussa légèrement Octave dans des flots de femmes, les unes occupées à jouer aux cartes, les autres à y chercher la bonne aventure, et au travers de toutes leurs coquetteries éveillées subitement. En maîtresse de maison calme et digne , elle expliqua la requête.
— Moi ! — Moi ! — Moi ! s'écrièrent en même temps dix voix discordantes et que l'envie animait déjà à la seule vue du gentil solliciteur.
— Toi , ma chère, tu n'es pas blonde , dit la supérieure à la première ; toi , tu n'es pas rose, Anastasie. Et vous , Malvina , vous êtes trop justement fière de la majesté de votre taille, pour essayer un rôle qui au théâtre ne conviendrait, h ce qu'il paraît, qu'au phy-
sique tout mignon de M"^ Jenny -Vertpré. Approchez un peu, Césarine.
— De quoi s'agit-il ? dit la susceptible demoiselle.
— D'aller dîner en ville avec un jeunefrance, s'empressa de déclarer Octave.
— Moi je n'aime que les militaires ! et j'ai donné, je crois, pour ce soir des espérances à un gros-major de la garde nationale.
— Tu appelles cela un militaire? dit madame de Saint Irène. Et puis il s'agit de rendre un service....
— A qui ?
— A une dame.
— Suis-je faite pour cela?
— On ne veut pas vous compromettre* dit Octave. Laissez-vous expliquer...
— ■ Pour qui me prenez-vous, Monsieur?
— Si ce n'est pas pour moi, Césarine, c'est pour une très jolie femme... de quelque manière que vous entendiez le double sens. Rassurez-vous : nous n'avons que le projet vertueux de déjouer la méchanceté d'un mari.