CHAPITRE II
— ■ Une intrigue ! on ne se mêle pas d'intrigue ici. Quel est donc l'état de ce monsieur?
— C'est un auteur, dit la maîtresse de la maison , croyant faire un compliment h son protégé.
— Un auteur! A quoi ça sert?
— Auteur! dit Malvina: ignorante! c'est comme qui dirait un gen-de-lettres.
— Ah que ça doit être ennuyeux ! Ça doit parler toujours latin.
— Ils ne parlent pas même toujours ft\inçais , dit Octave.
— Ça sert à faire des chansons, remarqua Stéphanie.
— Ça sert à faire des romans , dit Eloa.
— Monsieur aurait-il fait Zizine? Oh! s'il a inventé celui-là , je vais avec lui d'abord : Zizine! j'adore Zizine!
— Il est bien trop modeste pour en convenir, fit observer Rose.
— Toute modestie à part , mon doux juge, je n'ai pas encore mérité de si joyeuses sympathies; mais h la première occasion je m'ap-
'Jb PRESOMPTION.
pliquerai; car vous êtes bien certaiiiemeiU ce qu'il y a de plus connaisseur et de plus attique parmi les habitués des cabinets littéraires.
— • Je n'y prends jamais rien, dit Adrienne ; il y a trop d'observations cyniques et d'estampes malpropres sur la marge des livres. C'est une horreur et bon pour des duchesses !
— Moi, je me risque, tant pis! s'écria enfin la blonde élue en se coiffant de son chapeau- vapeur, chef-d'œuvre tout récent de M""* Duleyris, rue Saint-Honoré, près l'ouvroir Saint-Roch.
En voiture , la vive houri amusa sa gourmandise à faire le menu de son diner :
— Tout ce qu'il y a de plus cher ! Je veux des huîtres de Constantinople et les plus grosses ; du vin de Strasbourg et des pâtés de Frontignan. Onze services !
— Mais, mon enfant, il faudrait penser aussi un peu à faire réussir notre projet, interrompit Octave.
— C'est drôle ! dit-elle , que nous soyons