CHAPITRE III. 1 I
ami, son talent l'abandonnait; et pendant les progrès de cette consomption lente, pendant qu'on ne voyait plus rêver dans ses yeux que l'ombre de son ame, il s 3 prit à sourire de son affaissement , car il croyait , ô déception , avoir découvert enfin la source de son mal et saisi l'infaillible remède. Cette obsession était, selon lui et tout simplement, l'effet des lieux qu'il habitait. Il supposa son chagrin né de l'obstination à rester à la place où la première atteinte l'avait surpris : changer d'asile c'était guérir.
— C'est là, se dit-il, dans ce sombre atelier de la rue Sainte-Croix , que je me suis accoutumé à une image importune et que je m'en suis laissé envahir comme un enfant par la peur d'un fantôme. Il faut me transplanter, il faut changer de*cadre. Quand j'aurai brisé le vase où a dormi ce poison , je serai libre. Cette malédiction ne peut pas me suivre dans un quartier éloigné et inconnu. Ainsi l'esprit se retourne dans ses idées comme le corps fiévreux sur sa couche. Il avait lu dans le livre
)I4 VOTAGBS.
d'un de ses amis, qu'Horace a eu tort de dire que le cfiagrin monte en croupe du cavalier. « Lorsqu'on lui fait voir beaucoup de pays, la tristesse vide les arçons. On doit aux déplacemens une indolence heureuse et distraite qui fait qu'on s'occupe de tout et que rien ne nous occupe. »
11 accepta cet espoir. Il se prit d'autant plus volontiers au mot que toute, sa vie choisir un nouvel habitacle avait été un soin important pour lui. Plus d'un homme de talent a payé ce tribut à l'inquiétude de notre vie passagère. Rousseau ne pouvait rester en place ; Michel- Ange dépensa une partie de ses jours aventureux à changer de climats , de logemens et d'iiabits. La veille de sa mort , il parlait du bien-être qui l'attendait enfin sur le mont Janicule , h côté du cloitre où est enseveli le Tasse.
Pauvre Arnold ! parmi les conditions essentielles de son gite étaient l'orientation des croisées et les objets extérieurs destinés à sa tue. Il élisait avec son ame le lieu où devait